Garry

 

Le 21 novembre 2003, je reçois un appel téléphonique de la Direction des Services Vétérinaires du Vaucluse qui, après enquête vient de saisir un cheval dans un état épouvantable sur Vaison-La-Romaine. Il est 17 heures, la nuit tombe, il fait très froid et j’imagine ce pauvre cheval qui n’a plus de force, couché sur le sol glacé.


«  Je ne veux pas vous déranger, il est tard et le cheval est très mal, le pronostic vital est réservé et je ne voudrai pas vous faire déplacer pour rien, il y a pas mal de route ! » telles ont été les paroles du technicien D.D.S.V. Il avait la gentillesse de bien vouloir m’attendre une bonne heure et demie, le temps du voyage et je n’ai pas eu à réfléchir longtemps, un cheval était en grand danger et j’étais son dernier espoir !
Je me suis donc dépêchée d’atteler mon van et je suis partie dans la nuit tombée en roulant aussi vite que je le pouvais avec un attelage.
J’étais bien sûr préparée au pire, mais quand je suis arrivée je n’ai pu retenir mes sanglots devant cet animal décharné, couché en vache le nez posé sur le sol, les yeux à demi clos.
Le technicien m’explique un peu gêné, qu’il est désolé de m’avoir dérangée pour rien, que le cheval n’a pu se relever malgré quelques essais et qu’il valait mieux l’euthanasier pour abréger ses souffrances. Il est vrai que l’épuisement était à son comble, le cheval était brûlant malgré le froid et n’avait presque plus de réaction.
J’étais catastrophée mais il n’était pas question de baisser les bras et de ne rien tenter pour lui venir en aide. Je me suis mise à lui parler, à le frictionner, surtout ses membres engourdis, la jeune assistante m’a aidée mais nos encouragements semblaient ne servir à rien. J’étais de plus en plus désespérée et, dans un dernier geste de désespoir, je suis allée chercher du bon foin de la Crau dans le van, pensant que ça risquait d’être pour lui sa dernière gâterie.
D’un seul coup, il a levé la tête, s’est jeté sur la nourriture et s’est mis à dévorer en 2 minutes ce petit monticule de foin qui fut salvateur ! Le cheval était à demi mort de faim et il se régalait mordant à pleine dents le 2ème voyage de foin. A partir de ce moment j’ai compris que j’avais une chance de le sauver si nous arrivions à le monter dans le van. Les personnes présentes semblaient émues et je loue leur patience car nous claquions des dents et chacun avait envie de rentrer au chaud.
Après une bonne demi-heure, nous avons à nouveau essayé de le lever et je tenais dans la main le précieux fourrage tellement motivant. Dans un effort totalement incroyable, il s’est mis debout, tremblant sur ses pauvres jambes, et je lui ai montré le foin suspendu dans le van bien éclairé que j’avais pris soin d’approcher le plus possible.
Et, miracle, il a foncé tout droit sur le foin, montant sans trop de difficultés, la faim justifiant cette ardeur soudaine.
Je me suis dépêchée de rajouter du foin par terre dans le cas où il tomberait et aussi de la paille pour amortir un choc éventuel. Il fallait vite fermer les portes et partir vers un horizon… certainement plus lumineux.
Nous avions à peine fait 2 kilomètres qu’un grand bruit m’annonçait la chute de mon protégé m’obligeant à m’arrêter. Je craignais le pire mais finalement il continuait à manger allègrement, il a henni quand j’ai ouvert les portes, m’a regardée s’est remis à manger. Je suis rentrée doucement, et à plus de minuit nous arrivions au refuge sans encombre.  A mon grand étonnement, le cheval n'a pas mis plus de 10 minutes pour se lever, bien sûr avec l'aide de 4 personnes et les encouragements vocaux les plus persuasifs.
Mes jeunes salariés m'attendaient et nous étions tous prêts à installer celui que nous allons appeler Garry, dans un box confortable, prenant la précaution d’y installer un palan au cas où !
En pleine lumière, j'ai vraiment pris conscience de l'état du pauvre animal. Totalement dénutri, il n'a que 15 ans mais il est dans une misère physiologique peut-être jamais vue, une énorme tumeur au pénis semblait terriblement le gêner pour uriner.

Il était atteint d'une infection qui semblait être devenue chronique lui provoquant un début de lymphangite qui commençait à lui attaquer les antérieurs.

 

Cette première nuit passée avec lui m'a permis d'apprécier une gentillesse et une intelligence hors du commun.
Les jours suivants furent terribles avec des hauts et des bas, la lymphangite a été très difficile et longue à soigner laissant d'ailleurs des cicatrices pour la vie, tant les plaies étaient profondes.

Le pauvre GARRY fait peine à voir...

 

Sa tumeur a été enlevée par le vétérinaire qui avait du mal à comprendre mon acharnement à vouloir le sauver.
J'ai passé toutes mes nuits dans son box pendant plus de 3 semaines le relevant au palan plusieurs fois dans la nuit par des températures négatives aux alentours de moins 5 degrés.
Les pansements quotidiens, les perfusions, les piqûres d'antibio, beaucoup d'amour et de patience sont venus à bout d'une pathologie qui semblait incurable vu la faiblesse et la maigreur du cheval.
Le lendemain de son arrivée au refuge, nous recevions Marilyne, petite stagiaire de l'école d'agriculture de Savoie, parachutée au milieu d'une situation dramatique.  La première chose qu'elle a dite: « Celui- ci, je vais sûrement le voir mourir ! »
Eh bien non, Marilyne tu ne l'as pas vu mourir mais reprendre vie peu à peu et tu as contribué à sa remise en état !

En quelques mois à peine, Garry est devenu magnifique.


Je suis très fière de ce sauvetage qui a pris plusieurs mois de fatigue, de stress, d'abnégation, mais avec, au bout, le bonheur intense de voir notre Garry galoper dans son parc, menant une vie des plus normales, ayant même retrouvé un vrai petit caractère à la noix qui nous plait plus qu'il nous dérange !
Longue vie à toi qui t'es battu chaque jour, chaque minute pour survivre !
Jamais tu ne quitteras le refuge, c'est une promesse !

9 années sont passées depuis le sauvetage de Garry. A ce jour, il vit toujours au refuge et s'il s'approche tranquillement des 25 ans, le gaillard est toujours en pleine forme ! Après avoir passé plusieurs années avec son copain Ibrahim, nous avons malheureusement dû les séparer et il est désormais devenu inséparable de la jolie Mirka. Un vrai petit couple ! Le caractère de notre Garry s'est bien affirmé, il nous donne un peu de fil à retordre car aucune clôture ou presque ne lui résiste ! Il est évident que l'herbe riche du printemps est bien meilleure que le foin distribué dans son parc ! Mais son côté fugueur a son petit charme et nous fait souvent plus sourire que râler, puisqu'il rentre de lui-même dans son parc dès qu'il nous aperçoit pour venir le chercher ! Coquin, va ! Et s'il est fortement dominant avec les autres chevaux, il demeure doux et respectueux envers nous.

Garry est en pleine forme et coule des jours heureux au refuge avec sa copine Mirka.

 

 

L'histoire de Garry vous a touché ? Bien que Garry ait déjà parrain et marraine, vous pouvez vous aussi le parrainer car il faut savoir que pour l'autonomie d'un cheval, il faut au moins 7 parrains / marraines ! Alors, n'hésitez plus ! Pour se faire, envoyez-nous un courrier en précisant votre demande, accompagné d'un chèque de 20 € à l'ordre de l'Association CHEVAL. Nous vous enverrons alors au plus vite le contrat de parrainage et quelques photos de votre filleul.

ASSOCIATION C.H.E.V.A.L

Domaine du Valat de Ramel

Route de Servas

30340 SALINDRES