Le 21 mai 2001,

Très chers amis,

Lorsque je regarde la date que je viens d’inscrire pour débuter mon bulletin, j’ai une énorme angoisse qui me serre le cœur. Ce n’est plus du retard, c’est carrément du délire ! ce fameux bulletin 2000 devrait déjà être imprimé, mis sous enveloppe et envoyé à une grande partie d’entre vous. J’ai l’habitude de vous demander de pardonner un retard chaque année plus important mais aujourd’hui, je ne peux plus trouver les mots qui pourraient faire de vous les plus indulgents des adhérents.
Je pourrais vous parler de déprime, de moral à zéro, de problèmes de tous ordres qui ont fait de mon cerveau un organe incapable d’élaborer les quelques paragraphes que je commence aujourd’hui .

Vous décrire l’hiver 2000/2001, j’aurais la possibilité de noircir ( au propre et au figuré !) plusieurs pages tant ce dernier a été exécrable. Vous savez tous combien notre pays a souffert en général de pluies abondantes et continues pendant près de 5 mois. Croyez-moi, vous n’avez rien à envier à notre midi, car l’eau et la boue ont été notre quotidien. Je sais que chacun d’entre vous a connu un peu de déprime à la vue de ce ciel de plomb et de ces trombes d’eau qui ont duré de si longs mois, mais essayez d’imaginer la même chose hors de votre appartement bien chauffé, avec les pieds dans l’eau tous les jours, trempés de la tête aux pieds et le souci permanent de nos 200 chevaux pataugeant dans la boue, pour une grande partie sans abri. Ca a été pour moi la chose la plus invivable qui hantait mes nuits. Bien que les plus vieux et les plus malades aient été bien au chaud dans de bonnes litières, il restait tout de même quelques vétérans sous les intempéries et la peur de les voir souffrir et peut-être mourir ne me laissait aucun répit.
Je tiens à vous rassurer tout de suite, à ce jour, j’ai la satisfaction de dire que chacun d’entre eux s’en est sorti incroyablement bien. Certes, quelques uns ont particulièrement maigri mais la remise en état a été rapide et satisfaisante pour la plupart, les 2 ou 3 maigrichons sont extrêmement vieux et l’espoir de les voir s’arrondir est bien sûr très mince.
Pour ajouter à ma déprime, il faut savoir qu’en Janvier, je me suis cassée la jambe gauche et que cette mauvaise fracture a failli avoir raison de mon mental qui n’était déjà pas au beau fixe. En effet, alors que nous distribuions la nourriture dans le grand parc des juments, sous une pluie battante, j’ai été violemment percutée par une jument au galop. Mes pieds complètement englués dans la boue n’ont pu se dégager et ce fut l’accident. il faut dire que ces juments vivent toute l’année dans un grand pré de 7 hectares et que l’instinct grégaire a repris le dessus pour la plupart d’entre elles. Au moment des repas, elles n’ont plus aucun respect et les dominantes poursuivent plutôt méchamment les autres qui, terrorisées, font n’importe quoi et n’hésitent pas à nous bousculer.

Dans le cas présent, CASSI, qui est à l’origine de mon accident, a pour sa décharge le fait qu’elle est borgne. Du côté de son œil vide, elle n’a pu apprécier la distance et m’est carrément rentrée dedans. Je vous passerai les détails de la clinique, de l’anesthésie, du plâtre, des semaines au lit et ensuite des béquilles, enfin tout ce qu’il fallait pour parfaire les conditions déjà extrêmement difficiles. A ce jour, je marche quelque peu boiteuse selon le temps et encore un peu diminuée par un nouvel incident qui ma valu une fracture du gros orteil et une cheville abîmée, heureusement l’autre !
Tout ça pour vous dire à quel point nous vivons chaque jour dangereusement. Certains de nos protégés ne sont pas si faciles que ça et quelques-uns sont même très méchants. J’essaie pour ma part d’avoir de la compassion pour eux, me disant que leur terrible passé a dû les aigrir mais j’ai aussi de grands moments de découragement devant cette ingratitude sachant à quel point nous nous sommes investis pour les sauver.
Quelques uns d’entre vous ont dû sursauter à la lecture du nombre de chevaux dans le précédent paragraphe ! oui, près de 200 chevaux vivent aujourd’hui au Refuge, plus une centaine d’autres animaux de tous poils ! J’ai réellement conscience d’être un peu folle et de m’être laissée une fois de plus dépassée. Et pourtant, croyez-moi, il ne se passe pas une semaine sans que je refuse 2 ou 3 chevaux, la mort dans l’âme.

 Les derniers événements nationaux et même européens concernant les animaux de ferme n’ont rien arrangé. Le massacre que vous connaissez, qui politiquement, a servi à désengorger un marché productiviste, le mépris des hautes instances et leur non-respect de la vie ont amené nos congénères à se ruer sur la viande de cheval qui, révisée à la hausse, a augmenté considérablement le massacre de « la Plus Noble Conquête de l’Homme ». Voilà comment j’ai une fois de plus craqué devant les convois de la mort venus du Portugal ou des Açores dans des conditions inacceptables, nous donnant l’image parfaite du cheval martyrisé, œil crevé, plaies ouvertes, jambes déformées, traces profondes de coups de fouet et boiteries diverses irréversibles.
Et puis, il y a cet élevage de la Nièvre, racheté par la Fondation Bourdon, avec toutes les juments pleines, à quelques mois de la mise bas et suitées de leur poulain de l’année, qui partaient au couteau, abattage orchestré par un notaire chargé de la succession de l’éleveur décédé. Difficile de dire non quand on connaît les conditions de transport, d’abattage et le départ des petits poulains pour l’Italie en vue de leur engraissement. Ce troupeau est sauvage et ne nous approchait pas à moins de 30 mètres à son arrivée, encore sous une pluie battante et dans la boue mais bien vivant et heureux de se régaler de grains et de foin d’excellente qualité ! Depuis les poulains ont commencé à naître et, même si l’augmentation du cheptel ressemble à une catastrophe, j’avoue que nos 6 bébés déjà sur pieds et gambadant autour de nous apporte beaucoup de bonheur. Nous en attendons encore 5 et peut-être 6 ! Les mauvaises langues qui pensent que je fais de l’élevage pour m’enrichir (je l’ai déjà entendu !) vont pouvoir faire des gorges chaudes ! ! ! Si les adoptions ne marchent pas très fort lorsqu’il s’agit de chevaux vieux ou estropiés, j’espère que nos petits poulains trouveront un jour ou l’autre une bonne famille d’accueil. L’apprivoisement des poulinières reste incertain car elles ne sont plus très jeunes et ont vécu toute leur vie sans être approchées. Le seul contact qu’elles ont eu avec l’homme leur laisse probablement un triste souvenir. Chaque année, leur poulain leur était enlevé pour la destination que vous savez et dans des conditions souvent insoutenables.

Voilà pour l’état des lieux, si je puis m’exprimer ainsi mais je ne dois pas oublier que c’est l’année 2000 que je dois vous résumer et nous allons donc revenir au mois de Janvier de l’année dernière.

Comme vous le savez, l’an 2000 a commencé avec une France défigurée par les tempêtes auxquelles s’ajoutent les conséquences sur la faune, les oiseaux mazoutés qui meurent par milliers, sans oublier certains animaux de ferme emportés par les eaux. Nous avons aussi une pensée pour les personnes qui ont souffert de ces intempéries et ceux qui y ont laissé la vie.
Le ciel nous a épargné, notre région a fait partie des privilégiés, dieu merci car je n’ose pas imaginer le carnage qui aurait pu se produire sachant que des centaines d’arbres qui ornent notre propriété auraient pu tomber, provoquant une panique ingérable, connaissant le caractère anxieux des chevaux.

Le 4 Janvier, nous recevons une demande pour héberger 7 loups qui devraient être euthanasiés par la DSV de la région parisienne. Nous demandons donc une autorisation à la DSV ( direction des services vétérinaires ) du Gard  pour les prendre à notre charge, et, malgré des semaines de parlementations, courriers, et la bonne volonté de Catherine qui se bat sur place à Paris, tout nous est refusé. Affaire à suivre, je vous rassure, nos petits loups ne sont pas morts, vous en aurez des nouvelles dans le prochain bulletin.

Le 5 Janvier, nous accueillons FIFILLE, c’est une chienne de type Berger Allemand qui vient d’être enlevée avec ses 4 petits à des propriétaires pour lesquels je n’ose écrire de qualificatifs ! Elle a les os et la peau, les  chiots vivaient avec elle dans un tonneau de fer glacé par moins quelques degrés sans même une couverture. Ils sont tout à fait craquants et ont trouvés chez nous tout ce qui leur manquait. Encore un sauvetage !

Le 6 Janvier, pas de répit, la SPA de Pertuis saisit près de Salon de Provence une petite ponette de plus de 20 ans avec les jambes et les pieds complètement déformés. Les sabots ont poussé démesurément et se retournent comme des babouches. Elle marche difficilement, elle a perdu un œil et l’autre se voile en raison d’une cataracte. Je la ramène au Refuge, dès le lendemain, vétérinaire et maréchal-ferrant travaillent ensembles, une ferrure orthopédique est placée à ses antérieurs. PRINCESSE se sent mieux, elle est adorable et vit depuis dans le parc des daims où elle est bien tranquille avec son abri et beaucoup d’ombrage l’été.

Le 9 Janvier, c’est pour la petite histoire, la nouvelle Miss France est interviewée sur France 2 dans l’émission « Thé ou café ». Elle prend un air catastrophé et nous dit son désarroi devant le martyr des oiseaux mazoutés par la marée noire. La comédienne était si bonne que je m’y serais laissé prendre si quelques minutes après, je ne l’avais vu défiler couverte des fourrures les plus belles ! Quel paradoxe !

Le 14 Janvier, c’est le jour le plus froid, il fait moins 12 et les conduites d’eau et abreuvoirs sont gelés, bonjour la galère ! La semaine reste glacée, le 19 nous nous levons sous 10 cm de neige, nous transportons des bidons d’eau partout, c’est la Sibérie !

Le mercredi 9 Février comme vous l’avez déjà lu dans le précédent bulletin, je suis cruellement mordue au ventre par un étalon très chaud et complètement détraqué dans sa tête. Dieu merci, le froid m’obligeant à avoir 3 ou 4 épaisseurs de vêtements, la blessure sera moins grave mais je me retrouve assise dans le box, vomissant de douleur, la ceinture abdominale bien sectionnée. Ca finira à la clinique où je ne passerai que 3 jours pour réparer les dégâts.

Lorsque je rentre de la clinique, je trouve mon chien HUDSON bien mal. Il souffre depuis quelques temps de dysplasie. C’est un très grand lévrier irlandais, quelque peu fugueur, qui n’hésite pas lors de ses escapades à faire des dizaines de km. Il revient chaque fois épuisé et son train arrière est de plus en plus atteint. Depuis quelques temps, il ne quitte plus sa corbeille et je l’aide à se lever pour faire ses besoins. Depuis que je suis partie, il n’a pas voulu manger et ne se lève plus. La visite de Valérie notre véto canin, ne nous laisse aucun espoir, il est très calme mais on lit la souffrance dans ses yeux, il nous quittera pour toujours le 14 Février. Sa grande corbeille vide restera des mois dans la cuisine, nous rappelant chaque instant ce grand chien si gentil et si attachant.

Le 15 Février, nous accueillons KENZA, chienne dogo argentino ( genre pitt-bull ), classée dans la catégorie des chiens dangereux. Elle vit au chenil car son atavisme de tueuse ne nous permet pas de la lâcher au milieu des autres animaux. Je garde l’espoir de trouver une famille pour elle car elle sait aussi être très affectueuse.

Le 16, c’est un petit bardot de 6 ans que je vais chercher en Lozère. GALIPETTE est un croisement d’âne et de ponette, il est de petite taille mais très nerveux et pas très facile à diriger. Il a été abandonné par ses propriétaires. Recueillis par des voisins, il s’est montré si fugueur qu’il a atterri au refuge. Ici, les jeunes lui ont appris à tirer un petit sulky, il ne se sauve plus car il a beaucoup de compagnie. Enfin une histoire pas vraiment triste !

Le Jeudi 24 Février au matin, je suis appelée chez un voisin pour une pouliche grièvement blessée à la jambe. Je lui apporte les soins nécessaires et ceci pendant 8 jours jusqu’à sa guérison. Le soir, Fathi et son mari arrivent du Sud-Ouest avec un van. 2 chevaux en descendent, le mâle est dans un état très critique avec les os et la peau et les 9 heures de voyage ne l’ont pas arrangé ! LUMOCK, la jument, est dans un état moyen mais paraît en forme. Fathi vient de sortir TITOU d’un endroit peu recommandable où il était à l’état d’abandon. Elle me dit craindre pour la vie de ce cheval qu’elle avait elle-même sauvé et placé pour la retraite. Elle se sent responsable et me dit les larmes aux yeux « je l’ai amené jusque là car tu es la seule qui fera tout pour le sauver, sans toi, il est voué à une mort certaine. » Il est vrai que je manque d’optimisme pour la rassurer mais lui promets de faire l’impossible. Le lendemain, il a de plus en plus mal, je le rentre dans un box et le mets en perfusion en attendant le vétérinaire.
Le samedi 26, je me rends à Nîmes pour la manifestation anti-corrida organisée par l’ASAC. C’est le congrès mondial des villes taurines et c’est l’occasion pour les amis des animaux de faire savoir notre révolte contre ces pratiques barbares et cruelles. Nous sommes à peu près 600 personnes, c’est mieux que l’année dernière mais c’est encore trop peu. Je me permets de lancer un appel à chacun d’entre vous pour nous rejoindre en Septembre 2001, le samedi 22 à Nîmes, ville de sang. Faîtes le voyage si vous le pouvez et venez grossir les rangs de ceux qui ne tolèrent pas qu’on s’amuse de la souffrance, de l’agonie et de la mort d’un animal ou d’un être vivant quel qu’il soit. Malheureusement, le bulletin risque d’arriver trop tard mais l’invitation pour l’année prochaine est lancée ! 

Le 28 Février, le maréchal-ferrant vient s’occuper des pieds très longs et très abîmés de TITOU. Le lendemain, ce sera le dentiste équin qui lui enlèvera ses surdents. Le 1er mars, la température de TITOU dépasse les 40°, ses yeux ont un reflet jaunâtre, ses muqueuses sont très jaunes . Je diagnostique une pyroplasmose et engage le traitement lourd pour lutter contre cette maladie grave. Le cheval est en perfusion, il ne boit ni ne mange, je croise les doigts et reste à son chevet. Le Vendredi 3 je constate une amélioration, les résultats d’analyses confirment mon diagnostic, le vétérinaire me félicite et pense qu’il va s’en sortir malgré une anémie maximale. Le 4,  il se remet à manger et boit normalement, il est en bonne voie ! A la 2ème analyse, les pyroplasmes ont diminué, le traitement agit bien. Il reste à le nourrir et le vitaminer, nous sommes le 6 et je pense qu’il est sorti d’affaire. Fathi aura téléphoné chaque jour et elle pleure comme une Madeleine à chaque bonne nouvelle. Depuis, elle est venue le voir. Elle a eu de la peine à le reconnaître. Il est devenu un beau selle français tout rond, avec le poil brillant. C’est une belle victoire !

Le 16 mars, je suis appelée par une dame âgée éplorée par la perte de son mari qui vient de se suicider. Elle possède 3 ânes et un cheval qu’elle ne peut gérer car seul son mari s’en occupait. Elle ne veut surtout pas qu’il leur arrive quoi que se soit de mauvais et dès l’après-midi, je me rends chez elle ramenant 2 ânesses en très bon état de rondeur mais avec des pieds pas entretenus qui commencent à se retourner en babouches. Le nécessaire sera fait très vite et leurs pieds récupérés. Il était temps ! NANETTE et CALINE seront adoptées par Fred et Max, à quelques km du Refuge où elles sont gâtées-pourries ! c’est un placement en or !

Le 17 Mars, j’ai un pincement au cœur, l’Aïd El Kebir commence avec le massacre des moutons sur tout le pays. Je n’arrive toujours pas à comprendre. Quel Dieu peut demander de tels sacrifices ? C’est un sujet épineux, je passe !

Le samedi 18, je suis réveillée très tôt par du bruit dans un box et me précipite hors du lit, craignant le pire. Et c’est le pire ! SULTAN, notre vieux cheval de 35 ans est en colique depuis certainement déjà quelques heures. Il est si vieux que je n’ai pas grand espoir et mes grosses larmes coulent sur son encolure. Le véto équin de garde est en urgence dans un autre département, il ne peut venir. La seule planche de salut pour lui est l’injection de plusieurs litres de paraffine par intubation œsophagienne dans son estomac, c’est un soin que je suis tout à fait capable de pratiquer ordinairement mais à son âge, c’est très risqué. Je prends donc mon courage à 2 mains. L’intubation se passe bien, 3 litres de paraffine sont passés, il faut attendre. Je passe une nuit blanche, calmant les spasmes avec quelques piqûres intraveineuses, le matin, il est épuisé, ses muqueuses sont très pâles et je n’entends toujours aucun transit à l’auscultation. Je suis désespérée mais ne le quitte pas. A 17h, la fréquence cardiaque s’est stabilisée et j’ai l’impression que le transit repart. A 21h, SULTAN fait son 1er crottin avec la paraffine. Le bouchon est passé, SULTAN est sauvé, je saute de joie. A ce jour, il vient de fêter ses 36 ans et se porte comme un charme avec pour compagne la jeune LILI.

Le 21 Mars, je charge LEELOO dans un van, petite mérens sauvée du couteau pour intégrer sa nouvelle maison où je sais qu’elle sera parfaitement bien.

Le 27, ce sont 2 retraités que nous accueillons : BELEO, vieux camargue d’une trentaine d’années qui vient finir sa vie chez nous et OLIVE qui, atteinte d’une boiterie malgré son jeune âge, ne peut plus servir à la monte.

Le 7 Avril, je vais chercher POMPON en Ardèche, dans la même maison que NANETTE et CALINE, déjà arrivées le 16 Mars. Ses pieds sont aussi très longs et il se déplace avec difficultés. Dès le lendemain, ses pieds sont soignés par le maréchal et le véto s’occupe de le castrer, nous espérons qu’il trouvera bien vite une famille.

Le 9 Mai, des trombes d’eau nous tombent sur la tête. Une fois de plus, nous sommes au milieu d’un lac mais ça ne durera pas !

Le Vendredi 12, je me rends au tribunal du Vigan pour assister à l’audience faisant comparaître une personne de Saint Félix de Pallières. En effet, à la fin de l’année dernière, j’étais intervenue pour une jument d’un peu plus de 20 ans suitée d’un poulain, qui s’était couchée d’épuisement et ne pouvait se relever. Son corps couvert de lésions était un appât parfait pour les mouches. Sa maigreur faisait peur et dénonçait un manque de nourriture évident. Son propriétaire ne sera condamné qu’à 800 francs d’amende pour avoir laisser mourir sa jument de faim et d’abandon total. En effet, nous n’avons pas pu la relever et elle a été euthanasiée le lendemain, ça n’est pas bien cher payé pour tant de négligence et de cruauté.   

Le 15 mai c’est le début d’un drame dont je ne me suis toujours pas remise et dont le souvenir restera à tout jamais gravé dans ma mémoire et dans mon cœur.
TANGO, le cheval de ma fille Charlotte, à la retraite au Refuge depuis 2 ans, et les quatre ponettes du parc voisin ne paraissent pas en forme. Ils n’ont pas fini leur foin et sont prostrés au soleil, la tête plutôt basse. Il fait très chaud et j’imagine qu’ils sont assommés par la première grosse chaleur.
Mais le lendemain la vieille INDIA est retrouvée morte dans son parc. Elle avait certes une bonne trentaine d’années et avait beaucoup souffert dans une vie antérieure (se référer à la cassette) mais sa disparition soudaine m’a alertée et je décide de rentrer les trois ponettes restant dans le parc et TANGO qui ne me paraît pas dans son état normal.
Le soir, j’attaque une nuit blanche de plus, malgré la venue du vétérinaire, MARQUISE ne tient pas le coup, elle meurt dans la soirée.
Tous sont atteints de diarrhée profuse et je mets chacun en perfusion sauf JAMELA qui refuse de se laisser soigner, tape et mord. Les risques sont trop grands. Le vétérinaire ne peut l’approcher. HOUPETTE me paraît aller mieux, j’ai l’impression qu’elle va s’en sortir.
TANGO va très mal, sa température dépasse 40°. C’est un véritable cauchemar ! Malgré des soins intensifs mes ponettes meurent l’une après l’autre et TANGO file du mauvais coton.
Le lendemain matin, JAMELA s’éteint mais HOUPETTE paraît en forme, elle n’a plus de diarrhée et plus de température, je la crois sauvée.
Quant à TANGO, il va très mal et je suis de plus en plus démoralisée.
D’après les analyses, le vétérinaire diagnostique une salmonélose. En effet les quatre ponettes ont mangé le même ballot de foin. HOUPETTE, qui est très fugueuse, n’en a grignoté que très peu, préférant l’herbe verte qui est derrière les clôtures. Sa fugue sera salvatrice, elle sera sauvée.
TANGO, très grand cheval de selle français est plus robuste que les ponettes. Il tient le coup, et nous abordons une deuxième nuit en perfusion. L’angoisse m’étreint à chaque instant mais je garde espoir. Les journées et les nuits qui suivent sont insupportables. La souffrance de TANGO est un véritable martyre. Quelques moments d’espoir m’interdisent de le faire euthanasier. Le mercredi 24, après huit jours et huit nuits, TANGO met sa tête à la porte entre deux perfusions il accepte une touffe d’herbe et je me remets à espérer.
Le samedi 27 mai, après une affreuse nuit où je lui ai massé le ventre sans arrêt, où je l’ai inondé de larmes, il se met à uriner du sang et là, je comprends que c’est la fin. Plus de dix jours et dix nuits de souffrance pour en arriver là. C’est un immense chagrin, je suis bouleversée mais la mort n’est rien à côté de la souffrance. Je vous parlerai encore de cette dignité avec laquelle la plupart des chevaux savent souffrir et mourir. Pas un mot, pas une violence, seul le regard en dit long, mais on ne peut oublier les yeux de celui qu’on aime tant et pour lequel on est impuissant…

Que s’est-il passé ? Comment une salmonelle peut faire tant de mal ? Nous avons bien sûr l’explication. TANGO et les ponettes ont mangé le même ballot de foin dans lequel les rats avaient niché. Leurs excréments avaient largement souillé le fourrage. Les rats et les souris, porteurs de salmonelose et de Leptospirose sont des animaux très dangereux et il faut être très vigilants.
Les trois ponettes que nous avons perdues n’ont pas eu vraiment le temps de souffrir. Leur petite constitution ne leur a pas permis de lutter contre cette terrible maladie. Mais TANGO était un athlète, son passé de cheval de sport lui avait développé une musculature impressionnante. Sa beauté et sa gentillesse en faisait un de nos préférés. Il avait été le cadeau d’anniversaire de Charlotte pour ses 13 ans. Il n’a su nous donner qu’amour et satisfaction. Il y a des moments où je voudrais être morte et ce samedi 27 mai, c’était vraiment le cas !

Le lendemain, dimanche 28, la Porte Ouverte de printemps, qui était programmée depuis longtemps a eu lieu malgré tout. J’ai reçu plusieurs centaines de personnes avec les yeux comme des patates et les inévitables sanglots dans la voix. Tout le reste s’est bien passé et le soir après une dizaine de nuits blanches, je me suis plongé dans un sommeil largement perturbé par des cauchemars angoissants.

Une page est tournée ; je me souviendrai toute ma vie de cette bactérie appelée « Salmonelle » et de ses tristes conséquences. Le seul point positif si je peux m’exprimer ainsi c’est que, dorénavant je pourrai poser un diagnostic rapide connaissant les symptômes et engager des soins salvateurs.
Malgré les longues années qui m’ont fait connaître toutes sortes d’épreuves, je sais que je ne pourrai jamais m’habituer à leur souffrance et à leur disparition. Je suis à chaque fois plongée dans un effondrement total dont j’ai beaucoup de mal à me remettre. Alors je me dis « ça ira mieux demain ! »

Mais non, le lundi 29, je suis appelée par la SPA locale qui vient d’obtenir la saisie immédiate d’un cheval quasi mourant sur la commune de Marguerite, près de Nîmes. Les gendarmes sont sur place, je dois m’y rendre en urgence, il est 16 heures et ma voiture est au garage. Je téléphone partout pour trouver quelqu’un qui puisse me prêter un véhicule quatre roues motrices pour tracter le van et voler au secours de ce pauvre malheureux. C’est finalement mon avocat, que j’ai osé déranger à son étude, qui accepte de me prêter sa voiture. A 17 heures mon attelage est prêt pour le départ. A mon arrivée sur le terrain, c’est à nouveau un choc épouvantable.
Un pauvre cheval est couché sur le sol, son ventre est énorme probablement plein de vers, il a la peau sur les os à chaque spasme il éjecte une diarrhée profuse c’est un bien triste tableau. Je lui passe un licol autour de la tête et, aidée des personnes représentant la SPA, j’essaie de le faire lever, condition indispensable pour le faire monter dans le van. Après cinq ou six essais, je me rends compte à quel point il est épuisé et je perds tout espoir. A l’aide de mon téléphone portable, j’appelle le vétérinaire le plus proche et lui demande de venir dans les plus brefs délais. Dans cette attente, je garde la tête de BANCO sur mes genoux. Ses naseaux sont dilatés, il respire mal ses muqueuses sont très pales et dénotent une anémie déjà ancienne ses yeux en disent long sur la souffrance qui le mine depuis certainement plusieurs semaines. Je le rassure, le caresse et je m’aperçois que malgré l’énorme chagrin qui m’a fait tant pleuré les douze derniers jours, les glandes lacrymales ne sont pas taries. Je ne peux m’empêcher de sangloter devant ce pauvre innocent qui paye cher le désintéressement et la cruauté de ses propriétaires. Le vétérinaire est arrivé, il essaie en vain de le faire lever, son diagnostic est le même que le mien. Le cheval ne se lèvera plus, il est au bout. Nous décidons d’un commun accord son euthanasie. Il s’endort dans mes bras ses derniers moments seront plus doux que sa vie de cheval martyre. Je rentre à nouveau effondrée, j’ai du mal à conduire, pas facile de voir à travers les larmes.
Encore une journée infernale qui se termine, il est 21 heures et j’ai encore tout le travail à faire au refuge. Finalement, ça n’est pas mal, ça m’occupe l’esprit.
BANCO a été plusieurs mois malade dixit le voisin, aucun soin ne lui a été apporté, aucune nourriture non plus, seulement un peu d’eau à laquelle il n’avait plus accès depuis plusieurs jours car il ne se levait plus. Certes son parc était vert mais ça n’était que des piquants, mes genoux en ont gardé quelques séquelles ! Honte à ses propriétaires qui l’ont laissé mourir à petit feu. Dès le lendemain, j’envoie un courrier au procureur et dépose plainte, une autre affaire à suivre !

Le 3 juin, je viens de terminer le bulletin de l’année dernière, je suis de plus en plus en retard et les finances s’en ressentent. Dieu merci, c’est encore mon gendre qui s’occupe de l’imprimerie et je vais le harceler pour qu’il se dépêche.

Côté poulailler, une avons une oie qui couve car le jar nous empêche d’enlever les œufs, il est vraiment redoutablement agressif. Les oisons naissent mais à chaque fois, ils sont détruits par les corbeaux ou les rats. Je décide donc de retirer les prochains pour m’en occuper. J’en enlève finalement cinq que je mets tour à tour dans mon pull, vacant à mes occupations avec la tête des « piou-piou » qui dépasse de mon col. Ils me prennent pour leur maman, c’est une nouvelle expérience. Jean-Claude, mon mari, en est fou, il s’en occupe beaucoup dès qu’il rentre de son cabinet.

Le 9 juin, le vieux GITAN, cheval de Camargue de 30 ans, revient au Refuge après une année passée chez ses adoptants. Ils ne peuvent plus le garder devant travailler tous les deux.
Le dimanche 11 juin, nous essuyons à nouveau un orage pas ordinaire. Des trombes d’eau dureront jusqu’au 14, drôle de mois de juin, qui nous laisse encore dans la « bouillasse » .

Le 15 juin, j’appelle le vétérinaire pour EOLE, vieux cheval de 29 ans en pension-retraite. Il boite du postérieur gauche et nous faisons une radio. Malheureusement, c’est une luxation du grasset, diagnostic inquiétant pour un cheval de son âge. Voilà une épreuve supplémentaire, car en plus, EOLE fait partie de mes préférés. C’est un véritable amour, bien qu’il ait beaucoup de caractère.

Le mardi 20 juin, la Fondation Bourdon m’appelle pour des singes en danger d’euthanasie. Nous en reparlerons plus tard.

Le 25, nous accueillons PEGGY, petite femelle sanglier, plutôt sympa. Elle vivait auparavant dans une ferme pédagogique qui a fermé. Elle devait donc être remise à l’Office National de la Chasse, chose légale, mais, vous le savez, dangereuse. L’ASPAS, qui protège les animaux sauvages, a pris les choses en main et le délégué local m’a demandé de bien vouloir accepter PEGGY sinon elle risquait de finir en « Daube Cévenole ». Elle vit maintenant avec les truies et se fait bien respecter.

J’en reviens maintenant à l’histoire des singes pour lesquels j’avais éventuellement donné pour accord à condition que la Fondation Bourdon participe largement aux frais occasionnés par une structure donc les devis m’ont fait lever les bras au ciel !
Voilà que tout est précipité, le 28 au soir, Hélène, de l’association « Les Chats Libres », me téléphone me disant qu’il fallait, en toute hâte, enlever les singes dont plus personne ne s’occupait depuis quelques jours et qu’elle avait la possibilité de les amener le lendemain en urgence, accompagnée du docteur Claus de Bandol qui s’occuperait des anesthésies. Pas le temps de réfléchir, il va falloir improviser une fois de plus. J’avoue que j’angoisse un peu !
Ce sont des animaux que je ne connais pas du tout et je me suis laissée dire qu’ils n’étaient pas vraiment faciles !
Comme prévu, le jeudi 29, Hélène et le docteur Claus débarquent, accompagnés de deux assistantes et d’un ami ainsi que des deux singes MONA et WALKI (dit KIKI) et de la surprise du jour, un petit sanglier appelé « TOUT PETIT »
Autant vous dire qu’il n’a pas fallut avoir les deux pieds dans le même sabot ! Des marteaux, des clous, des tenailles, du bois, des grillages, voilà les ustensiles nécessaires pour transformer deux box à chevaux en résidence pour singes !
Aussitôt dit, aussitôt fait ! Le soir à 18 heures, MONA et WALKI intégraient leur nouvelle demeure en attendant mieux. Ils sont vraiment craquants, ils ressemblent tout à fait à des humains mais en mieux ! Il faut dire qu’ils sont encore sous calmant et que c’est trompeur ! Ils vont avoir le temps de se montrer sous leur vrai jour dès le lendemain et je peux vous dire que, côté agressivité,, c’est vrai qu’ils ressemblent aux humains !

Quant à TOUT PETIT, il a intégré l’ancien clos des truies qui était devenu trop exigu pour elles. Ce petit sanglier avait été rapporté au docteur Claus avec une fracture ouverte d’une patte de devant. Il a été opéré, broché, et garde une très légère boiterie, surtout quand le temps change. C’est notre point commun à lui et moi ! Il est apprivoisé mais garde son petit caractère de cochonou, je suis d’ailleurs la seule à pouvoir le câliner et à m’en occuper et je suis aussi la seule à le trouver adorable bien que très turbulent.
Il a beaucoup grossi et ses dents immense dépassent de chaque côté de sa bouche. Il a un petit côté impressionnant, d’ailleurs il a déjà mordu quelques uns qui ont voulu rentrer dans son enclos.
Voilà le parc animalier du Refuge bien augmenté par de nouvelles espèces qu’il va falloir apprendre à connaître.

Le 1er juillet, c’est une assemblée générale bien mouvementée et peu ordinaire que nous allons vivre.
A midi, je suis appelée en urgence chez l’ « éleveur » TESAURI dont vous avez déjà  pu suivre les péripéties macabres dans les bulletins précédents. La SPA est sur place, il faut que je vienne aussi constater car les vétérinaires doivent se déplacer et il faut faire un rapport. Je pars donc, une fois de plus, en catastrophe. Mon AG commence à 15 heures, il me faudra être de retour pour accueillir mes adhérents.
A mon arrivée chez TESAURI, triste constatation comme à l’ordinaire. Tout le troupeau de chevaux est particulièrement amaigri, beaucoup sont blessés, une petite pouliche est dans un tel état qu’on se demande comment elle tient debout et, le comble, le cadavre d’un poulain d’environ deux ans gît dans le hangar déjà attaqué par les vers. Il va falloir faire, une fois de plus, les démarches nécessaires, constat de gendarmerie, constat vétérinaire, dépôt de plainte à la brigade, etc…
Tout cela va prendre beaucoup de temps et je demande par téléphone à Christelle de bien vouloir commencer l’AG (c’est notre secrétaire).
Vu les événements, j’arrive au refuge avec plus de deux heures de retard, à nouveau très perturbée par cette enquête.
J’avoue que j’expédie un peu ma réunion. Christelle ayant déjà commenté le principal, il ne me reste que le rapport financier et me voilà repartie, après avoir salué et remercié tout le monde, je repars sur le terrain, avec le van attelé pour aller chercher la petite pouliche saisie, dont la santé est si inquiétante. On la nommera LILI, abréviation de lilliputienne, tant elle est petite et maigre pour son âge. Ses dents nous indiquent deux ans mais elle a la taille d’un poulain de huit mois. Elle a souffert de carences et de mauvais traitements.
Dès le lendemain, vétérinaires et maréchal ferrant se succèdent. Nous attaquons un traitement de choc et le maréchal place une ferrure orthopédique, un de ses postérieurs présentant un pied beau. Cette journée qui se voulait conviviale a de nouveau été un cauchemar !

Le 4 juillet, c’est ALPHA qui nous quitte pour toujours. Il avait la fâcheuse habitude de courir derrière les chevaux, leur mordant les pieds et, malgré les semonces et les fessées, il n’en faisait qu’à sa tête. PAPY, qui est un vieux cheval au caractère difficile, lui a donné un coup de pied qui lui a été fatal, provoquant une hémorragie cérébrale. Il était un très brave chien que nous aimions beaucoup.

Le 6 juillet, c’est au tour de FANNY, notre plus vieille ânesse, qui frisait la quarantaine, de partir dans l’autre monde. La température très élevée (+ de 35°) lui aura été fatale.
Depuis quelques années, on savait bien qu’elle pouvait nous quitter d’un jour à l’autre, tant elle était usée. Adieu FANNY, tu as passé dix ans heureuse au refuge en dépassant toute espérance de vie.

Le 20 juillet, nous accueillons un camion de chevaux arrivés du Portugal et des Açores, rachetés par la fondation Bourdon.
Difficile de décrire ces sept juments et ce cheval hongre à leur descente du camion. Difficile aussi de retenir ses larmes lorsqu’on imagine leur parcours rien qu’à les regarder. Boiteux, borgnes, blessés striés à coup de fouet ou pratiquement aveugles. Voilà l’état de ces pauvres malheureux.
Pendant des semaines, nous avons du faire des soins : vermifuger, doucher les membres œdémateux, traiter les poux, la teigne et la gale. Vous pouvez difficilement vous imaginer la maigreur de la plupart d’entre eux. Il a fallut quelques mois pour les remettre en état convenable. J’ai appris un peu plus tard que les juments étaient stationnées dans un paddock dans le sud-ouest avec deux étalons. Nous risquons donc de voir naître quelques poulains en 2001 ! Il ne manque plus que ça !

Pour ouvrir une parenthèse, je voudrais vous dire à quel point j’ai été choquée le 21 juillet en entendant à la télévision que le footballeur ANELKA venait d’être acheté quatre millions de francs lourds par le club parisien. Comment font ces clubs de foot pour trouver autant d’argent, bien souvent public, alors que nous n’avons droit à rien pour subvenir aux besoins de nos pauvres animaux ? J’aimerais tant qu’ils me donnent la recette ! Fermons la parenthèse !

Le 3 août, je suis sollicitée pour une enquête dans le Vaucluse auprès d’un élevage de pur sang arabes. Une pouliche de trois ans est particulièrement choquante. Elle a les os et la peau, c’est un véritable cadavre ambulant. Les autres chevaux sont plutôt en bon état sauf une vieille jument un peu maigre et la pouliche qui s’appelle LEILA. Cette pauvre petite est malade depuis sa naissance, elle s’est empoisonnée avec des granulés moisis et contaminés par les rats. Plusieurs chevaux sont morts. LEILA a résisté, mais elle tient à peine debout. Le vétérinaire a simplement dit à son propriétaire qu’il la trouverait un jour morte dans son parc. Ce dernier n’est pas un tortionnaire, je crois qu’il a bêtement été mal conseillé par son vétérinaire.
LEILA est très douce, j’ai très envie d’essayer de la soigner bien que, pendant les trois années de sa vie, elle a été au maximum de carences. Je propose donc au propriétaire de venir la chercher et de tout tenter pour la sauver sans pouvoir en être certaine.

Le 5 août, je ramène LEILA au refuge, la mets dans un box de soins et appelle mon vétérinaire immédiatement. Nous pratiquons une prise de sang dans un premier temps pour savoir l’état exact de la pouliche. Nous prenons connaissance des résultats des analyses le 8 août et bien sûr, comme je m’y attendais, ils sont catastrophiques.
Le taux d’urée et de créatinine est si élevé qu’il est tout à fait limite pour sa vie. Je reste perplexe et très pessimiste mais je décide de tout tenter et d’entreprendre un lourd traitement en gardant l’espoir. Trois piqûres le matin, autant le soir, une bonne nourriture équilibrée sans trop de protéines à cause du taux de créatinine, des vitamines, et des oligo-éléments, des dépuratifs. Le vétérinaire sent un rein très abîmé au toucher rectal, il est rongé au trois quarts par la maladie. Croisons les doigts !

Le jeudi 24 août, malgré le retard, la cage des singes est terminée dans sa première partie, reste encore la deuxième pour le mâle.
Ce même jeudi, nous recevons les résultats des nouvelles analyses de LEILA. Ils sont encourageants, les taux de créatinine et d’urée, bien qu’encore élevés, ont diminué et je reprends espoir. Elle commence à se remplir sur les côtes et ses fesses s’arrondissent un peu, grâce, je pense, à notre acharnement. Elle est adorable, très douce, et commence à devenir très jolie avec les vraies allures de sa race arabe.

Le 25 août, notre amie Cathy des Pyrénées dont je vous ai souvent parlé nous fait apporter BELLE, jolie chienne Montagne des Pyrénées avec ROMY son bébé. Toutes deux sont en très mauvais état et il aura fallut une lourde chirurgie pour sauver BELLE de ses calculs de la vessie.

Le 26, c’est DIDI qui arrive au refuge. C’est une petite guenon qui vient tenir compagnie à notre MONA car ses propriétaires ne pouvaient plus la garder. Méfiance à tous ceux qui prennent les singes pour des jouets !

Le 7 septembre, le responsable d’un centre équestre voisin me demande de venir chercher un poney Haflinger qui souffre de fourbure, se déplaçant très mal et abandonné par son propriétaire qui reste injoignable malgré les nombreux messages laissés sur son répondeur téléphonique.
Que va devenir EDDY ? Il me faut une fois de plus faire un nouvel effort et accepter de le prendre au refuge. EDDY est adorable, il sera soigné dans les meilleurs délais et il vit maintenant tranquille dans son parc avec BABA-COOL.

Le 8, nous accueillons une pension-retraite SIRAMENE, vieux pur sang anglais boiteux et plutôt maigre. Il se montrera très difficile d’entretien, et j’aurai beaucoup de mal à lui faire prendre quelques kilos.

Le 17, je suis appelée pour une enquête à propos d’une jument grise très vieille et très maigre. Les propriétaires me semblent peu documentés sur la façon de s’occuper d’un cheval et sur les structures d’hébergement à lui offrir. La jument est usée, elle fait colique sur colique et se déplace difficilement dans un parc rempli de cailloux inconfortables pour ses pieds. Une affaire de plus à suivre !

Le 18 septembre, nos amis HERTAY de Belgique arrivent et seront rejoints le 19 par Anne, Belge aussi, qui vient passer quelques jours pour nous aider.

Le 24, « journée nationale du cheval », nous ouvrons nos portes à grands coups d’affichage et articles de presse. C’est un jour de fête et nous recevons près de 1000 personnes. C’est une journée qui nous laissera quelques sous bienvenus, dans notre caisse toujours trop vide.

Le 28, nous accueillons MISS, la vieille jument andalouse très maigre et très affaiblie, objet de l’enquête dont nous venons de parler. Nous l’avons gardé trois mois pendant lesquels elle a bien profité. Elle est devenue toute ronde, avec une bonne alimentation et des soins appropriés à son cas, et puis un matin, nous l’avons trouvée morte. Elle avait fait une rupture d’anévrisme. Agée de plus de 30 ans et ayant été négligée une grande partie de sa vie et fait je ne sais combien de poulains, cet accident cardiaque ne m’étonne guère. Bien qu’elle soit à un âge où la mort est presque normale, c’est toujours une grande peine de les voir partir.

Le dimanche 1er octobre, je suis inquiète pour mon GRISOU. Agé de 33 ans, il souffre d’emphysème depuis longtemps, mais j’avais réussi à le maintenir sans trop souffrir avec un traitement assez lourd. Il avait gardé ses rondeurs malgré son grand âge, mais avait très mal supporté la chaleur de l’été qui vient de finir et avait beaucoup maigri. Il s’éteindra dans la nuit du mercredi 4 octobre. L’euthanasie a été une fois de plus la seule solution pour abréger les souffrances. Il était tombé en début d’après-midi et malgré tous nos efforts, après s’être levé, il était retombé sans plus un brin de force. GRISOU était au refuge depuis 9 ans. Il était un des pionniers du refuge et je l’aimais beaucoup. Nous avons beaucoup pleuré, c’était un amour de cheval et j’étais aussi très fière de l’avoir sauvé d’une mort certaine, 9 ans auparavant, alors qu’il était déjà plus ou moins condamné. Il était parrainé par M. Posson. Il parraine aujourd’hui JACQUINOT, le vieux compagnon de parc âgé de 30 ans, du cher GRISOU. Merci à vous, cher Monsieur, pour tant de fidélité. Merci à ANNE et BRIGITTE pour l’assistance qu’elles m’ont apportée pendant les dernières heures douloureuses de GRISOU. Une page est tournée.

Le 5 octobre, je me rends à la cours d’appel de Montpellier où je suis convoquée. Tous ceux qui connaissent l’incroyable et dramatique histoire de CROQUETTE ne vont pas en revenir.
Monsieur RAILLARD, propriétaire de cette pauvre CROQUETTE, qui avait été condamné à une amende importante, plus des dommages et intérêts, plus quatre mois de prison avec sursis, pour cruauté envers les animaux, a eu le culot de faire appel de la décision. Mais rassurez-vous, l’audience s’est passée comme je l’espérais tant, le Président a rappelé les faits insistant particulièrement sur toutes les horreurs, traitant cet homme de tortionnaire barbare. Je n’arrivais pas à retenir quelques larmes qui s’échappaient malgré moi au récit de la torture de ma CROQUETTE que j’aimais tant. J’ai dû attendre le mois suivant pour avoir le résultat du délibéré et c’est avec grande satisfaction que j’en ai pris connaissance.
Non seulement la peine sera maintenue mais l’amende pour l’état est augmentée. Je pense que c’est la moindre des choses ! A la sortie du tribunal, son fils est venu me menacer et faisait mine de me suivre. J’ai eu la chance d’avoir mon avocat qui m’a protégée et m’a raccompagnée avec sa voiture jusqu’à la mienne garée plus loin. Je me méfie toujours de ces gens qui sont capables des pires horreurs sur les animaux. Ils sont tout aussi capables d’en faire autant sur les humains. J’en ai déjà fait l’expérience !

Le vendredi 13, soit disant porte-bonheur, nous attaquons la période des pluies diluviennes qui nous plongera pendant des mois dans une boue épouvantable et dans une angoisse indescriptible.

Le 17, c’est à nouveau un appel téléphonique stressant qui va me gâcher la journée. Une jeune femme me signale un cheval attaché depuis un jour et demi à un panneau publicitaire en plein carrefour à la périphérie de Montpellier. Je me démenais au téléphone pendant des heures auprès des différentes autorités pour procéder à son enlèvement mais en vain. Le cheval restera deux jours et deux nuits attaché à ce même carrefour, des milliers de gens passeront devant lui sans sourciller jusqu’à ce que son propriétaire s’aperçoive qu’il lui manque un cheval. Cette histoire n’a pas perturbé grand monde mais par contre, il a fallu que je me fasse violence pour ne pas aller le chercher. Une telle intervention aurait pu me faire condamner pour vol et c’est la raison pour laquelle je n’y suis pas allée. Une fois de plus, on peut constater que les lois ne vont pas souvent dans le sens des animaux.

Le 23, c’est le deuxième camion de chevaux portugais qui franchit le portail. Sauvés une fois de plus par la Fondation Bourdon, ces pauvres chevaux, stationnés chez un maquignon du sud-ouest de la France étaient arrivés du Portugal dans le but de finir au couteau. La plupart sont dans un état épouvantable. Une pouliche long jointée marche sur ses boulets, un petit poulain est très maigre et blessé, une jument a les quatre pieds déformés et se déplace difficilement. Un joli petit cheval entier boite très bas et on lui compte toutes les côtes. Un autre n’a que les os et la peau et boite aussi. Un petit âne, un peu pelé et maigre est couvert de poux, une jument très maigre et boiteuse est suitée d’un adorable petit poulain. En tout, huit équidés qui semblent arriver d’un camp de concentration. Triste tableau !
Plus tard, l’entier sera castré, les chevaux remis en état, aucune pathologie ne sera négligée et chacun recevra un nom. Encore huit d’un coup, le cheptel commence à s’agrandir !

Le mercredi 1er novembre est un jour férié, c’est la Toussaint et les jours fériés, c’est toujours un problème pour avoir un vétérinaire équin car ils couvrent un grand territoire régional et un seul est de garde ces jours-là ainsi que les dimanches. Il vaut donc mieux ne pas avoir de galères ces jours-là.
Eh bien, ce 1er novembre une jeune fille, membre de l’association, me téléphone affolée. Il vient d’y avoir un accident près de chez elle ; une jeune cavalière vient de faire une chute et a été transportée en urgence à l’hôpital et son cheval, grièvement blessé est attaché à un arbre, pissant le sang chez la jeune fille auteur de l’appel téléphonique. Cette dernière est catastrophée, il est 18 h, il fait nuit, le cheval se vide par une blessure à la tête et elle n’arrive pas à avoir un vétérinaire. Immédiatement, j’attelle le an et je pars en hâte sur les lieux. A mon arrivée, je constate en effet que le cheval est grièvement blessé à la tête, il est ouvert depuis un point entre les 2 oreilles jusqu’après la ligne des yeux. C’est très profond, j’arrive à rentrer 2 phalanges de mon index dans la plaie. Je décide de l’embarquer sur le champ, en route pour le Refuge. Là, je peux commencer à pratiquer les premiers soins, arrêter l’hémorragie. Son œil gauche est énorme, complètement fermé et du sang s’écoule du coin de l’œil ainsi que des naseaux. Je suis très inquiète, je crains une fracture et c’est très impressionnant. Je le mets donc sous calmant et sous antibiotique, sans oublier le sérum anti-tétanique. La nuit se passe sans incident majeur. Le cheval sommeille, il ne peut pas manger. Dès le matin, je fais venir le vétérinaire qui me félicite pour mes soins d’urgence et tombe d’accord avec moi sur l’impossibilité de recoudre à cet endroit-là, la peau étant très fine et tendue sur la boîte crânienne. Dans la journée, les propriétaires viennent lui rendre visite, la jeune cavalière a quelques points à la tête. Je suis remerciée pour ma prestation et il est décidé d’un commun accord  de le garder au Refuge le temps de sa guérison car  JOBASSIAN  n’est pas facile et depuis l’accident leur fait un peu peur. Il repartira un mois après complètement guéri. Il a fallu beaucoup de patience et de persévérance pour faire les soins car dès qu’il a été mieux, il nous a donné du fil à retordre !

Le 2, pour ne pas perdre la main, je suis appelée par Thierry, délégué enquêteur de la SPA qui est très serviable lorsqu’on a besoin de lui au Refuge. Ses 4 chevaux sont couchés dans la boue, ils paraissent en colique. Thierry a remarqué un vieux ballot de foin pourri posé là par un inconnu. Me voilà donc repartie avec ma trousse médicale et, quelques heures de galère sous la pluie et dans la boue et une dizaine d’intraveineuses plus tard, les chevaux sont sur pieds et semblent aller beaucoup mieux. Je vais pouvoir dormir un peu, ça fait plaisir !

Mais le répit sera de courte durée, ce temps humide est propice aux coliques et dès le 5 novembre (encore un dimanche), je suis appelée pour LEELOO, placée par nos soins le 21 mars, dont je vous ai parlé dans un paragraphe précédent. Je la trouve très mal et ne cache pas mon inquiétude. Malgré les calmants et antispasmodiques, son état ne s’améliore pas et je passe plus de la moitié de la nuit à son chevet avec ses propriétaires. Je conseille de faire venir le vétérinaire dès le lendemain. Le 6, malgré la venue du véto, elle ne va pas mieux et je passe à nouveau la soirée avec elle jusqu’à une heure du matin avec Anne qui reste avec moi. Le 7, je reste en contact téléphonique avec la famille de LEELOO et j’attelle le van pour une éventuelle intervention chirurgicale car son état s’aggrave. Malheureusement, le dernier appel à 3h du matin décrivant le comportement de LEELOO ressemble aux derniers instants et pendant que je pose des questions, LEELOO s’éteint non sans souffrances. Elle a fait une occlusion intestinale absolument irréversible et nous sommes tous plongés dans une immense tristesse. Nous l’avions eue au Refuge pendant 6 mois, elle n’était qu’un adorable bébé !
Le samedi 11 novembre, jour férié, c ‘est l’arrivée d’un camion de 17 demi-lourds, des juments en provenance de la Nièvre et sauvées du couteau par la Fondation Bourdon, ceci à minuit, après un long et pénible voyage. Nous bataillons un peu pour les faire descendre du camion car elles sont hyper sauvages, jamais touchées par l’homme mais gardant la souvenir traumatisant de ces hommes qui, chaque année, venaient leur arracher leur poulain dans un climat de violence, en partance pour l’engraissement en Italie. Il tombe des cordes, nous évoluons dans un bourbier indescriptible, mais la seule façon de les contenir est de les mettre dans un enclos fait de barrières de bois, où ils vont malheureusement patauger jusqu’à la fin de l’année, car ils ne connaissent pas les clôtures électriques
Et leur fugue provoquerait une sacrée débandade.
Le 18 novembre, ce sont les lourds qui arrivent dans un énorme camion. Ce sont de très belles juments de trait suivies par leur poulain de l’année et toutes gestantes. Il y en a 16 et la descente est impressionnante. Nous faisons mettre le camion devant le grand portail d’un pré de 8 hectares, aussi boueux que le reste de la propriété. Il a fallu passer de nombreux coups de téléphone pour trouver un transporteur raisonnable. Tous demandaient entre 15 et 20000 francs et c’est finalement un belge qui nous les a amenés pour 10000 francs, ce qui n’est déjà pas rien quand on connaît nos finances !
Le 24, une des demi-lourdes avorte dans la boue, dans des conditions pénibles, il nous faut la rentrer en box pour la soigner et il faudra une demi journée pour le faire tant elle est sauvage. Elle restera en perfusion pendant une semaine et chaque soin journalier sera un véritable « parcours du combattant », mais elle sera sauvée.

Le 2 décembre, les trombes d’eau tombées du ciel redoublent, la foudre craque de tous les côtés et grille nos appareils ménagers et notre télé. Le refuge est dans un véritable lac, l’eau rentre dans les box et dans la maison, ça devient un véritable cauchemar.

Le 9 décembre, je suis appelée pour une ânesse en Lozère qui est tombée dans un trou. Elle est dans un état catastrophique et l’espoir de survie me paraît bien mince. Elle ne se lève plus, elle est couverte de plaies et d’hématomes. Je pratique les soins d’urgence car c’est à nouveau le week-end et les vétérinaires sont rares et très occupés. Les propriétaires n’ont pas d’argent mais possèdent tout de même 3 ânes, ce qui me paraît une aberration !

Le dimanche 10, c’est à nouveau un grand chagrin que nous vivons car LEILA, la petite pur-sang arabe que nous soignons depuis des mois et dont l’état s’était nettement amélioré, nous quitte pour toujours, la dégradation brutale ne nous laissant pas le droit de la laisser souffrir. Elle était si belle et si attachante, nous avons peine à croire que ce sont les derniers moments. Nous avons fait le maximum mais un des reins était rongé par la maladie et l’autre en mauvais état. Adieu LEILA, nous pensons t’avoir donné tous les soins, les gâteries et l’affection qui t’ont permis de passer tes derniers mois dans le bonheur.

Le 13 décembre, je retourne voir l’ânesse en Lozère. Le vétérinaire est venu le lundi mais est resté très pessimiste. Je demande à la propriétaire de la faire euthanasier  car ses souffrances sont insupportable et il n’y a pas de guérison possible. Ce sera chose faite malgré l’opposition de la propriétaire qui ne voulait pas comprendre que son ânesse condamnée aurait pu encore agoniser pendant plusieurs jours pouvant à peine respirer.

Le 15 décembre, c’est un cheval qui s’est fait renversé par une camionnette dans un village voisin, puis ce sont les gendarmes de Nîmes qui m’appellent le 21 pour un cheval abandonné, puis ci, puis là, et puis je passe sur les détails car mon bulletin risque d’être difficile à lire mais sachez que toutes ces péripéties sont aussi très difficiles à vivre et que je ne sais jamais ce que le lendemain me réserve et que chaque sonnerie de téléphone me plonge dans un stress qui devient chez moi un état permanent. Je passerai aussi très vite sur les réveillons de Noël et Jour de l’An où nous avons fini les tournées en tracteurs trempés jusqu’aux os et couverts de boue. Pas d’ambiance festive quand on sait les animaux dans de telles conditions depuis plusieurs mois.

Le condensé de l’an 2000 est terminé, nous sommes le 9 Août 2001 et il me reste à faire la conclusion mais vais-je y arriver aujourd’hui ? Je ne le crois pas car les imprévus ici sont de taille et on n’arrive jamais à faire ce qu’on a prévu de faire !

Il y a quelques informations que je voudrais vous donner, bien que je craigne que la longueur de ma prose ne vous décourage de lire ce bulletin en entier.

Pendant les événements d’absurdes tueries dues à la « vache folle » ou à la fièvre aphteuse, on a pu noter une certaine publicité faite autour de la viande de cheval, « véritable met de choix » apportant vitalité, énergie et remontant les malades en 2 coups de fourchette ! Laissez moi vous répéter qu’il n’en est rien ! Bien au contraire. Même si nous laissons de côté la question de l’éthique qui nous ferait dire que manger du cheval équivaut à manger du chien ou n’importe quel autre animal de compagnie, je me dois de mettre en garde le consommateur de viande de cheval à qui on cache de nombreux points qui font que celle-ci n’est certainement pas la meilleure et de loin ! Au cours des ans, elle a été bien souvent porteuse de trichinellose, simplement mortelle dans 5% des cas mais provoquant de graves douleurs musculaires insupportables, une fièvre élevée et des oedèmes à la place, dans les cas les plus bénins. Je rappelle que 60 personnes avaient été intoxiquées à Toulouse (région où on mange beaucoup de cheval) en 1998, pour ne citer que ce cas particulièrement important et qu’aucun traitement satisfaisant n’est disponible actuellement. Il est aussi bon de savoir que cette même viande a la particularité de e dégrader très vite car les bactéries s’y développent plus rapidement que dans les autres viandes ( le cheval est un des rares animaux dont la vaccination n’est pas obligatoire). De ce fait, elle est interdite à la congélation, interdite dans les collectivités, les hôpitaux, les cantines et même l’armée. Ca n’est tout de même pas un hasard ! Voilà des arguments qui pourront vous être utiles ! A ce sujet, j’ai reçu un courrier de M. Carougeau, adhérent à notre association, s’insurgeant contre les propos concernant le cheval tenus par sa compagnie d’assurance, la MATMUT, dans son info-journal d’avril 2001. En voici le texte :

LE RETOUR DE LA VIANDE DE CHEVAL

Peu consommée sans doute en raison du respect porté à « la plus noble conquête de l’homme » ou du manque de boucheries chevalines en France, la viande de cheval regagne progressivement de la place sur les étals des bouchers depuis la crise de la vache folle. Il est vrai qu’elle mérite une mention spéciale. Très tendre et énergétique, elle contient des protéines à forte teneur en acides aminés essentiels, une bonne part de glucides (les « glygènes » qui donnent une saveur sucrée à sa chair), du fer en bonne quantité (5mg pour 100g) et surtout très peu de graisse (2%), ce qui en fait un aliment de croissance de premier choix.
La Fédération de la Boucherie Hippophagique de France rappelle par ailleurs à juste titre que « le cheval est l’un des animaux les plus exigeants au sujet de la nourriture, il n’accepte que des eaux pures et sélectionne très soigneusement les fourrages qu’il absorbe ».
Vive l’hippophagie donc, en dépit de son appellation barbare, puisque le syndrome de « cheval fou » semble impossible !

Mais de quoi je me mêle ? Depuis quand les compagnies d’assurance se mettent à faire de la pub pour la viande ? J’ai trouvé cet article particulièrement révoltant et vous demande de résilier votre contrat à la MATMUT si vous êtes client chez eux, comme l’a fait M. Carougeau, en expliquant la raison de votre courroux !

Jai aussi envie de vous parler des Saint Bernard, chiens pacifiques et affectueux, connus pour leurs capacités à sauver les victimes de la montagne, qui sont élevés par les Chinois pour la viande dans une vingtaine d’élevages industriels en Chine. Ils y sont appelés les chiens stupides ! Appellation due à son peu d’agressivité. La Suisse fait courir une pétition qui comporte plusieurs milliers de signatures et qui a été déposée au Palais Fédéral de Berne, siège du gouvernement. Je n’irai bien sûr jamais dans un pays comme la Chine , réfléchissez en vous disant qu’au cours d’un voyage vous pourriez vous trouver devant un restaurant où il y a un « bon gros St Bernard » au menu ! C’est un véritable scandale !

Je pourrais encore écrire pendant des heures pour vous parler des horreurs que nous trouvons dans les actualités de chaque jour mais je ne voudrais pas que la lecture de ce bulletin soit un véritable cauchemar.

Nous sommes aujourd’hui le vendredi 14 septembre 2001 et je reprends la plume pour essayer de finir ce bulletin tant les événements quotidiens au Refuge ont été prenant que je n’ai pu une fois de plus me tenir à mon bureau. En effet, depuis le 16 août, je suis au chevet du cheval d’un ami qui est gravement malade. Cela a presque été du jour et nuit. Plusieurs fois, condamné vu son état critique et sa souffrance, le mot euthanasie était prononcé régulièrement mais il s’est battu comme personne et moi aussi. Aujourd’hui, son état est encore très critique mais l’espoir renaît, vous aurez le récit de cette histoire que j’espère merveilleuse dans le prochain bulletin. Le cheval s’appelle FILOU.

Il est certain que la vie d’un cheval représente aux yeux de tous peu de chose à côté des événements qui viennent de se produire aux Etats-Unis le 11 de ce mois. La folie furieuse des hommes a encore frappée et des innocents ont encore payé le prix fort.  La souffrance et la mort sont encore aujourd’hui d’actualité et j’y suis très sensible, mais la vie que je me suis tracée m’oblige à faire de mon sacerdoce une priorité ici, au Refuge. Le sauvetage de FILOU me préoccupe jour et nuit alors que des gens souffrent dans leur corps et aussi dans leur cœur pour ceux qui connaissent ces jours le martyr du deuil d’un proche. Malgré tout, je ne me considère pas comme un monstre car chacun vit l’instant présent à son niveau et, connaissant l’humanité, je ne suis pas étonnée des drames successifs que l’actualité nous offre au quotidien, bien que profondément touchée.

A propos d’info, nous pourrions aussi ouvrir notre petite rubrique politique. Certes, il y a longtemps que nous avons compris que la protection animale n’intéressait que très peu nos hommes politiques et qu’il n’y a pas grand chose à attendre de ces « cocos » là. Toutefois, j’ai l’impression que beaucoup se tournent vers les « Verts » en pensant qu’en bons écologistes, ils seront prêts à faire avancer ce qui nus tient tant à cœur. Pour ma part, permettez-moi de rester très sceptique ! Il se trouve que je connais personnellement Noël Mammer, une des figures de proue des Verts, et que bien des fois, et même à l’occasion dune réunion publique à Nîmes, nous nous sommes violemment heurtés verbalement. Il faut que vous sachiez que M. Mammer est un aficionado accompli, qu’il se rend aux corridas et ne se gêne pas pour les défendre. Pour moi,  ce comportement ne passe pas du tout et me fait dire une fois de plus que les écologistes sont comme les autres et que les animaux ne sont pas leur préoccupation première. A vous de tirer les leçons et de voter comme bon vous semble. Pour ma part, je suis chaque année un peu plus « empotée » pour faire un choix !

Je tiens aussi à vous faire partager ma profonde émotion lorsque j’ai appris le décès de 3 de nos vieilles adhérentes, inconditionnelles des animaux et dont la générosité nous a été d’une grande aide. En janvier 2000, nous avons aussi perdu M. Christian De Boissieux qui a passé une grande partie de sa vie à œuvrer pour les animaux. Il était le compagnon de Mme Françoise Collière, grande bienfaitrice et s’occupait de la SCI (société civile immobilière) d’une partie du terrain que nous occupons.
Bien sûr, la disparition du grand Théodore Monod a dû en émouvoir plus d’un. Nous perdons avec cet homme exceptionnel un grand protecteur et nous en sommes bien conscients.
Que ces familles qui ont été plongées dans le deuil soient assurées de mon affectueuse sympathie.

Après ce paragraphe plein d’émotion, il est difficile pour moi d’enchaîner sans grande transition mais il me reste encore beaucoup de choses à vous dire. D’abord, vous remercier ! Vous dire ma gratitude pour les efforts financiers que beaucoup d’entre vous ont fait cette année. Malgré tout, comme d’habitude, nous sommes fauchés !
Le mois de septembre, j’établis mes traites de paiement jusqu’au mois de décembre car les caisses sont, non seulement vides mais en déficit. A ce jour, presque tous les bulletins auraient dû être envoyés et, comme vous vous en rendez compte, ils ne sont même pas terminés. 95% d’entre vous attendent « ce fameux ouvrage » qu’est notre petit journal pour envoyer leur cotisation. Alors je vous laisse imaginer les acrobatie financières utilisées pour pouvoir survivre. 300 animaux sur le site, ça représente un minimum de 4000 Frs par jour de frais, si tout va à peu près bien. Malheureusement, les imprévus sont affaire courante. En ce moment, par exemple, nous dépensons une petite fortune en réparation de clôture absolument quotidiennement. Nos dernières sauvageonnes, sans aucune éducation, s’échappent régulièrement, font des dégâts considérables et ne respectent absolument rien. Ces juments élevées pour la boucherie sont habituées à l’herbe verte qui pousse dans la Nièvre, leur région d'origine. Ici, elles sont très bien nourries avec grains et foin de qualité (elles ont d’ailleurs presque doublé !) mais elles sont toujours en quête d’une éventuelle touffe d’herbe qu’elles pourraient grignoter et sont prêtes à tout pour satisfaire leurs envies. La sécheresse qui sévit dans notre Sud après les grosses pluies d’hiver fait de nos prairies des terres craquelées, dures comme du béton où plus rien ne pousse.

Ce n’est pas la peine que je m’étendes sur nos difficultés financières, vous les connaissez tous, mais je vous assure que mes nuits ne sont pas des plus calmes, souvent hantées par les soucis de tous ordres et par un défilé de chiffres qui me donne des angoisses. Il faudrait soit un miracle, soit tripler les adhérents pour arriver à nous en sortir à peu près. Vous rentrez probablement de vacances, vos porte-monnaies ne sont plus très gonflés mais pensez qu’ici, personne n’a pris de vacances, que les journées sont longues et fatigantes et que le stress des finances n’arrange rien.

Répondez-nous vite, n’oubliez pas de lire ce bulletin que je prends peine à écrire chaque année et qui reste un lien entre nous tous qui savons que les animaux ne sont ni des marchandises, ni des jouets pour les enfants, ni des objets de décoration et encore moins des moyens d’assouvir des passions sanguinaires comme le font les aficionados.

Ici, Brigitte, Anne, Gilbert, Cyrille et Etienne savent ce que représente les journées non-stop, les émotions fortes, jamais de week-end, quelques nuits debout ou bien écourtées, les privations et les conditions de vie qui relèvent souvent du parcours du combattant ! J’en profite pour les remercier du fond du cœur pour leur dévouement et l’aide précieuse qu’ils m’apportent. Je suis cette année bien diminuée physiquement et particulièrement fatiguée et sans eux, je ne pourrais assumer le travail continu et difficile sur le terrain. Ne prenez pas ces quelques lignes pour des "jérémiades". Je ne me plains pas puisque j’ai choisi, mais j’avoue que quelquefois, j’aspirerais à un peu plus de tranquillité de corps et d’esprit. Jean-Claude, mon mari, qui a été jusqu’alors le plus dévoué des maris et le plus patient, rêve aussi de temps en temps à plus de quiétude.

Quant à l’assemblée générale, cette année, je la prévois en plein hiver étant donné la date d’envoi des bulletins car, légalement, nous devons la faire avant la fin de l’année. Nous la fixons donc au samedi 24 novembre. N’ayant aucun local ici, ni une grande maison (2 pièces !), ça va compliquer les choses. D’habitude, il y a peu de monde mais nous pouvons nous réunir en plein air et l’espace n’est pas restreint. Si vous décidez de venir à cette A.G., faites le moi savoir le plus tôt possible car, sil le faut, je pourrai retenir la salle de la mairie.

Je pourrai bien sûr encore écrire pendant des heures car il y a tant à dire et à raconter mais il me faut clore ce bulletin aujourd’hui car il représente notre bouée de sauvetage et, s’il ne part pas ce mois-ci, nous irons à la catastrophe. N’oublions pas qu’il faut ensuite le taper, l’imprimer et j’en passe. Encore un travail monstre avant que vous puissiez enfin être plus près de nous par ces quelques lignes. Je dois aussi vous préciser que cette année, ce n’est pas mon gendre qui s’occupera de l’imprimerie. Le PDG de l’entreprise qui l’employait, qui était un homme charmant et compréhensif, s’est éteint à plus de 80 ans et les héritiers ont mis tous les employés dehors ! Pour nous, c’est une catastrophe, et pratique et financière. Le bulletin sera donc d’une beaucoup moins bonne qualité mais je ne peux faire mieux. C’est mon amie Sylvie qui s’occupe de la maquette, elle est formidable et se sert de son ordinateur avec brio. Merci, Sylvie, de tout cœur.

Je vous embrasse tous, petits et grands adhérents, les plus généreux et ceux qui le sont moins mais qui font ce qu’ils peuvent, merci encore à vous tous pour votre soutien qui nous est VITAL !

A bientôt

Paula Loïs