Le 26 février 1998

Février tire à sa fin, je dois à tout prix prendre la plume: le bulletin ne peut plus attendre. Déjà certains, ou plutôt certaines d'entre vous le réclament et je ne cesse de répéter qu'il faut que je trouve le temps et aussi "la tête" car ma tête ne va pas très fort ces derniers mois: les soucis de tous ordres sont en train d'avoir raison de mon mental. Moi qui me croyais invulnérable de ce côté, me voilà contrainte d'admettre que je me suis mise à craquer. Depuis 15 jours, je me mets des coups de pied aux fesses pour reprendre le soir le courrier que j'avais totalement abandonné, mes neurones ne répondant plus.
Malgré tout, j'ai assumé le travail au refuge comme si de rien n'était et aujourd'hui je me rends compte qu'il est bon d'avoir une passion concrète, vivante comme tous nos enfants à quatre pattes à qui nous sommes indispensables, pour pouvoir surmonter le pire. Il faut dire qu'entre le temps, la pluie et la boue qui n'en finissent pas et surtout CROQUETTE, cette merveilleuse jument qui me fait tourner en bourrique mais qui est si attachante, j'ai eu du mal à dormir et à garder le sourire. Son histoire tiendra la plus grande partie de ce bulletin: elle le mérite.

J'aimerais d'abord vous rassurer, vous qui m'aidez à surmonter mes difficultés financières par vos dons, sur mes dépenses que certains d'entre vous trouvent "inconsidérées"! J'ai eu quelques réflexions sur la qualité exceptionnelle du papier glacé sur lequel est écrit notre bulletin annuel. Réflexions quelquefois "acides" qui m'ont un peu vexée, vous le savez je n'ai pas un très bon caractère. Ce très beau bulletin 96, traité merveilleusement sur ordinateur par nos amis Yannick et Patrice entièrement gratuitement, a coûté 5 fois moins cher que le très ordinaire bulletin 95 tapé à la machine et photocopié le plus simplement. En effet, j'ai la chance d'avoir un gendre imprimeur et c'est à lui que nous devons ces magnifiques spécimens ainsi que vos cartes de membre qui ont aussi comme un air de renouveau. Ne nous plaignons pas si la mariée est trop belle !
Il est temps de survoler cette année 97, nous nous étions quittés en Mars et tant de choses se sont passées ... Comme vous le savez, par le bulletin précédent, la DDE nous a refusé le permis de construire en dur pour "manque de sécurité". Nous avons décidé de parer au plus pressé en montant de beaux box en bois pour abriter les plus fragiles. Ces structures sont dites "démontables", comme la petite maison en bois que nous habitons. Beaucoup de chevaux sont encore dehors et, quand il fait mauvais temps, ça me gâche la vie! Il faut dire que depuis quelques années les éléments se déchaînent particulièrement. Peut-être le ciel n'apprécie-t-il pas vraiment tout ce que l'homme lui "balance" comme fusées, satellites ect...
Depuis février 97 nous avons vécu une sécheresse incroyable après des déluges successifs et le printemps n'a pas permis à un seul brin d'herbe de traverser la terre argileuse de nos prés devenus béton. Voilà un souci supplémentaire: il faut savoir qu'une trentaine de chevaux sont nourris sur notre terre pendant cinq mois. Soleil et Mistral ont eu raison des lacs de boue, il ne restait plus qu'à combler les ornières des chemins jusqu'à la saison prochaine. Nos protégés n'étaient pas fachés d'avoir les pieds au sec et le dos au soleil.

Le printemps installé redonnait à notre Baby Boum l'énergie pour se battre contre la maladie. Vous avez suivi sa "presque agonie" dans le bulletin précédent. Il était, en effet, à la dernière extrémité... malgré sa leucose, il a repris le dessus grâce aux soins intensifs et perfusions que je lui ai prodigués. Il est redevenu magnifique, son beau poil angora a repoussé et bien que sa santé reste fragile, il a repris une vie quasi normale.
En Mars, j'ai été secouée par une "Tornade bancaire". En effet, le directeur du Crédit Agricole a décidé qu'il me donnait huit jours pour combler les 70000 francs de découvert du compte C.H.E.V.A.L. sous peine de mettre ce compte au contentieux.

J'ai donc dû emprunter 80000 francs à mon nom avec la caution de mon mari pour couvrir ce compte sur lequel plus aucun découvert n'est admis. C'est maintenant sur les nôtres que les découverts sont très importants: c'est ce qui s'appelle déshabiller Pierre pour habiller Paul, mais je n'avais pas le choix.
La soirée est très avancée. Je vais aller dire bonsoir à CROQUETTE avant d'essayer de dormir. A bientôt.

Le 30 mars
Un mois est passé, les événements se sont succédés. Mars a été le mois de tous les chagrins et je n'ai pas eu une minute pour continuer le bulletin. Je le reprends, ce soir ler Avril, le coeur gros, les larmes aux yeux. Nous avons perdu Matcho, notre grand daim mâle, mort d'une fracture des cervicales le 13 Mars, notre CROQUETTE bien aimée le 24 Mars. Je suis bouleversée particulièrement par la mort de CROQUETTE pour laquelle je me suis battue pendant neuf mois. Je m'étais reprise à espérer: novembre et décembre avaient été de très bons mois pour CROQUETTE. Son état s'était bien amélioré, elle avait grossi, son poil était devenu brillant, ses escarres avaient bien cicatrisé, ma "Cro" avait un moral d'acier et une volonté hors du commun. Je lui avais fait faire une botte en cuir pour son pied postérieur gauche, avec à l'intérieur un pansement de coton cardé pour amortir la partie charnue sur laquelle elle marchait, le sabot étant retourné vers l'arrière. Quant au droit, la fibrose avait un peu diminué, les plaies étaient sèches et bourgeonnantes et Croquette se déplaçait doucement mais sûrement, se levait ou se couchait à sa guise. Jean-Claude, mon mari, lui avait fait un box très confortable, René, notre vice président, avait confectionné une armature métallique montée sur roulement et j'avais acheté deux palans, des chaînes et des sangles pour suspendre notre pauvre chérie afin de pouvoir faire des pansements plus facilement.
Tout allait pour le mieux, quand, début février une artère de sa jambe fibrosée a éclaté, provoquant une petite hémorragie. CROQUETTE immédiatement soignée a eu la jambe bandée. Mais très vite une plaie très laide se forme et la gangrène déjà enrayée une fois, se remet sur les tissus tellement abîmés et si fragiles. Malgré les soins quotidiens, une surveillance constante, des pansements méticuleusement tenus, l'état de sa jambe se dégrade chaque jour et elle est obligée de s'appuyer de plus en plus sur son autre jambe dont le pied est retourné. Je suis très inquiète mais CROQUETTE garde le moral et continue à manger comme un ogre.

Elle gardera ce moral et son appétit jusqu'au bout, c'est une battante. Son courage, son envie de vivre ne font aucun doute mais la souffrance augmente. CROQUETTE a du mal à se tenir debout, elle est de plus en plus souvent couchée mais dès qu'elle m'entend, elle se lève dans un effort violent, retombe, se relève montrant qu'elle est debout et qu'elle m'attend. Pendant deux jours et deux nuits elle tapera contre le murs avec les sabots de ses antérieurs et je dois la piquer souvent pour calmer la douleur. Le vétérinaire n'a plus d'espoir, l'amélioration n'est plus possible. A deux reprises, je prendrai la décision de l'endormir puis décommenderai le rendez-vous.
Le 22 mars, la décision est irréversible: CROQUETTE a souffert toute la nuit.
Le 23 mars ma "Cro" nous quitte pour le paradis des chevaux. A huit ans, après des années de martyre, elle a connu une forme de bonheur au centre, gâtée, choyée, adorée et considérée comme quelqu'un de la famille. J'avais ces derniers mois réglé ma vie sur la sienne, je ne la quittais pratiquement pas, je suis aujourd'hui effondrée.
L'histoire de CROQUETTE est jointe à chaque bulletin pour que chacun d'entre vous prenne conscience de la cruauté des hommes et de la misère des animaux. Pas une semaine ne se passe sans que que je sois sollicitée pour une affaire de mauvais traitements ou de cruauté.

Trois jours après la perte de ma "Cro" , Jacquinot nous a fait un gros problème oesophagien avec hémorragie et tout ce qu'il faut pour m'alarmer une fois de plus. Il a près de 30 ans et je ne veux rien négliger. Je le conduis donc à la clinique où il est sauvé in extremis. Jacquinot occupe aujourd'hui le box de Croquette, son état nécessite beaucoup de soin. De plus il n'a plus de dent: c'est un travail considérable pour le nourrir mais il ne va pas si mal.

Pour finir cet affreux mois de mars, Imco, petit cheval souvent stupide s'empale l'encolure sur un piquet de clôture. La blessure est épouvantable. Il est recousu, soigné, ses jours ne sont pas en danger mais des soins importants et onéreux seront nécessaires pendant de longues semaines.
J'ose espérer que la série noire est maintenant terminée et dès demain je pourrai reprendre le cours de l'année 97.


Le 2 Avril 98

Nous étions restés en Mars 97 avec les problèmes financiers et le mois suivant n'a pas été très brillant. Seule l'herbe a commencé à pousser mais la boîte aux lettres n'est jamais bien garnie avant l'envoi des bulletins et la jonction est bien difficile, d'un bulletin à l'autre. Mais ce n'est pas la peine que je vous ennuie avec la même chose, chaque fois.
Les frais de fonctionnement sont supérieurs de beaucoup aux rentrées et il faut faire des pirouettes miraculeuses en permanence, ça vous le savez tous.

Je survolerai les mois suivants car il y a beaucoup de choses à dire et si je me laisse trop aller aux détails... Je n'en finirai jamais.

Le 5 mai, j'ai eu l'énorme chagrin de perdre Gavroche, ce vieux cheval gris, tellement gentil et attachant. Usé par une propriétaire peu scrupuleuse sur les parcours de cross, puis recueilli très arthrosé par un couple sympa, il avait beaucoup de mal à se lever chaque jour et ils décidèrent de nous le laisser. Malgré les soins et un regain passager de vitalité, Gavroche n'a pu survivre plus de dix mois. Un matin, il s'est couché sans jamais vouloir se relever malgré tous nos efforts. Il était ce grand dadet affectueux que j'aimais beaucoup et qu'on n'oublie pas.
En juin Croquette est arrivée, le 13 exactement, son histoire est d'une grande tristesse.
Peu après Stéphane nous quittait pour un bol d'air, vacances peut-être ou départ définitif, il ne savait pas vraiment, mais ce qu'il savait c'est qu'il avait besoin de changer d'air. Il faut comprendre que pour nos jeunes c'est un peu difficile. Au centre, pas de vacances, pas de dimanche, de longues journées de travail par tous les temps... Alors, bonnes vacances Stéphane et si tu veux revenir, tu seras le bienvenu.


Le 8 mai 98

Plus d'un mois est passé depuis mon dernier paragraphe et je n'ai pu reprendre le stylo. J'ai à nouveau eu quelques problèmes de santé avec ma "tête", la disparition de Croquette y est pour beaucoup. Comment reprendre le dessus après un tel drame, quand le "terrain" est déjà fragile ? Malgré cet état dépressif il est indispensable que ce bulletin soit terminé, il est le seul organe de liaison et aussi la clé du "coffre" des renouvellements de carte. J'avoue que ces derniers mois sont très difficilement gérables, les dettes s'accumulent encore plus que d'habitude.

Nous en étions en Juillet 97 et nous nous retrouvions sans Stéphane avec un peu plus de travail! Heureusement l'été il y a moins de durs labeurs comme le nettoyage des box, les chevaux étant pratiquement tous dehors.

Le 14 juillet, jour de fête nationale, notre Mistral est "mort en héros". Il était le seul cheval de trait du centre, d'un âge canonique: plus de trente ans, il avait mené son petit train au centre entre deux crises d'arthroses dues à une vie de travail pénible. Doux, câlin tout le monde l'aimait beaucoup, mais ce chaud matin de juillet, il n'a pas pu se relever: il est parti sans souffrance après avoir passé trois ans au centre, bien entouré et bien soigné. Je l'appelais mon cheval préhistorique tant il était déformé. Il laisse à chacun de nous un excellent souvenir.
Le 5 août, ce fut le tour du vieil Aldo, ce double poney réformé d'un centre équestre que j'avais racheté cinq ans avant pour lui éviter le couteau du boucher.
Arthrosé, boiteux il nous donnait de gros soucis. Il était arrivé un peu trop tard pour sa retraite, il était déjà bien usé. Il avait beaucoup maigri, on s'attendait à un départ imminent. En vieillisant son caractère s'était aigri et il n'avait pas que des adeptes! Grincheux, certes il l'était, mais pendant de longues années il a dû supporter toutes sortes de gens, d'enfants qui en ont usé et abusé. Merci Aldo d'avoir servi l'être humain si longtemps, lui qui n'a même pas eu la moindre reconnaissance envers toi.
Le 15 Août, je fêtais allègrement mes 50 ans, au passage, je remercie tous ceux d'entre vous qui m'ont envoyé une carte: j'en ai été très touchée. Le cap du demi siècle n'est pas si facile à franchir quand on sent son énergie diminuer.
Septembre est arrivé, annonciateur d'un automne proche. Ici, l'arrière saison est très agréable.
Le 5 NIAGARA arrivait, c'est une très jolie jument de robe "Apaloosa" (tachetée comme un léopard!). Poulinière de son état, elle ne pouvait rester dans son élevage à cause d'une cécité due à une fluxion des yeux. Elle a immédiatement rejoint le box voisin de celui de PUEBLO, aveugle lui aussi. Ils sont devenus les meilleurs amis du monde. Jean-Claude leur a confectionné un parc en bois où ils se sentent en sécurité pour se détendre et brouter un peu d'herbe bien verte.
Le samedi 13 je me rendais à Nîmes pour la manifestation organisée par PASAC. Inutile de vous rappeler que dans notre région "l'acte de cruauté envers les animaux" que représente la corrida n'est nullement "puni" au contraire il est mis en vedette à l'occasion de Férias trois ou quatre fois par an. Il y a quelques jours la télévision repassait ce film merveilleux avec Fernandel qui retrace le parcours d'un vieux cheval camarguais voué à finir dans une arène: Heureux qui comme Ulysse. Quelle émotion! Ça donne une idée de l'horreur à ceux qui ont la chance d'être loin de ces lieux de torture.
Le 27, Melba la maman ours des pyrénees était lâchement assassinée par un jeune chasseur, laissant trois petits orphelins livrés à eux-mêmes. Bonne chance les bébés, que Dieu vous garde! Là aussi, il y aurait beaucoup à dire et vous m'avez bien sûr comprise.
Le 2 octobre je suis appelée chez un soi-disant éleveur. Je découvre 36 chevaux sous alimentés, sans eau, avec des clôtures de barbelés en très mauvais état et donc très dangereuses. Plusieurs poulains sont atteints de diarrhée profuse. Je dépose plainte et demande l'enlèvement par le parquet des deux poulains les plus mal lotis, mais rien ne se passe et le 10 octobre je reviens constater la mort de l'un d'eux. Le deuxième sera sauvé grâce aux soins que je lui prodigue et par la nourriture que j'ai apportée. Ce tout petit est mort dans la plus parfaite indifférence, comme souvent.
Le 20 c'est notre chienne Hasta qui nous quitte pour toujours. Elle était cette chienne grise de race "Mâtin de Naples" que vous avez pu voir lors du reportage de 30 millions d'amis il y a maintenant quatre ans. Son minois tout plissé, son "costume trop grand" et sa dégaine pataude nous laisserons un souvenir impérissable. Elle n'était qu'affection et bonne humeur malgré cette maladie qui la rongeait depuis plus de cinq ans: la leishmaniose, transmise par ce vilain moustique qui vit uniquement dans le sud et qui fait périr tant de chien. Elle est morte sans souffrir, le coeur s'est arrêté doucement. Adieu ma belle!
Quant aux intempéries d'octobre nous nous en souviendrons.
Le 6, un véritable déluge s'est abattu sur la région, accompagné d'impacts de foudre très inquiétants. La nuit fut mouvementée, le lendemain il fallait retrousser les manches.

Notre région était sinistrée. Heureusement pas d'accident grave pour nos animaux mais nous voilà dans la boue plus tôt que l'année d'avant.
En novembre, nous commençons à rentrer certains chevaux dans les nouveaux box que Jean-Claude vient de finir. Il a travaillé sans relâche: chaque week-end, chaque jour férié, sans prendre aucun repos. Les box sont magnifiques, celui de Croquette spécialement aménagé est très confortable: elle y finira ses jours.
le 10 novembre nous avons eu la bonne surprise de voir arriver Stéphane qui réintégrait ses quartiers: protection animale. Deux bras de plus, ça n'était pas du luxe, d'autant que deux jours plus tard un nouveau déluge-tempête s'abattait sur nous.
Quant à décembre, ce fut le bouquet final. Au moment des fêtes, un charnier est découvert à Saint Laurent d'Aigouze en Camargue. Plus de 30 carcasses et cadavres de chevaux camarguais sont répertoriés sur un site de 60 hectares. Les médias s'emparent de l'affaire, n'ayant pas grand chose à se mettre sous la dent à l'approche des fêtes. Des scènes épouvantables sont diffusées à la télé, on peut voir dans la presse des photos atroces.
Sur le terrain, les chevaux qui restent essaient de survivre. Les cadavres sont enlevés dans une odeur pestilentielle. Certaines carcasses vieilles de plusieurs années resteront sur place. Je dépose plainte juste après la vétérinaire locale.
Le propriétaire n'a aucune excuse, il lui avait déjà été demandé de soigner ses chevaux quatre ans auparavant mais les choses étaient restées en l'état. Les chevaux commençaient à mourir de faim et de maladies dès 94. La direction des services vétérinaires avait à cette époque été alertée mais n'avait pas cru bon de prolonger ses investigations à l'encontre du propriétaire, ce monsieur étant "très influent" et ses relations étant des meilleures. Dans mon dépôt de plainte, j'ai demandé que le propriétaire passe en correctionnelle (c'est la moindre des choses), bon nombre d'associations l'ont également demandé, je viens d'apprendre que nous avons obtenu gain de cause et que l'affaire passera en juin 98. Le compte rendu de l'audience vous sera donné dans le prochain bulletin.
Je vous ferai grâce des récits relatants des enquêtes, qui, cette année ont été une fois de plus trop nombreuses. Je suis sans cesse confronter à un mélange d'inconscience, d'incompétence, de cruauté quand ce n'est pas le légendaire appât du gain. Vous avez senti que l'enquête qui m'a le plus émue et celle qui m'a fait découvrir Croquette. J'espère que le tribunal ne fera pas preuve de laxisme vis à vis de cet horrible tortionnaire. Le juge qui s'en occupe semble très ému par cette affaire. Je lui fais une certaine confiance.
Vous comprendrez qu'il n'est pas évident de garder le moral quand on fait de la protection animale. Pas une semaine ne passe sans que je sois confrontée à des martyres, des tortures, des abandons ou simplement de pauvres chevaux qui ont servi leur maître toute leur vie et que ce même maître livre au boucher sans état d'âme.
Ces derniers temps, j'ai sans arrêt refusé des chevaux, tout simplement pour survivre car il nous est difficile de nous charger davantage. Mais quelle torture pour l'esprit de savoir que souvent le refus est synonyme de condamnation. Que de nuits blanches, que de regrets, si seulement je pouvais gagner au loto.


Nous terminons l'année 97.


1998 vous sera relatée dans moins d'un an, j'espère. Il me reste à vous parler des choses courantes et à donner des nouvelles "des vieux de la vieille". Deux mots sur la situation de nos ânes, ils font toujours l'objet d'une instruction judiciaire, l'affaire n'est toujours pas passée au tribunal et ils mènent une vie paisible au refuge, heureux d'être au monde et d'y voir clair. Saisis depuis 93 nous attendons toujours le dénouement pour pouvoir en placer une partie.
Goussa la petite pur-sang arabe est aussi toujours là et pour elle ausi nous attendons le jugement d'appel. Elle est au refuge depuis décembre 92. Quelle rapidité ! MONA la petite femelle chevreuil a bien grandi. Elle est très mignone et évolue dans un joli parc bien ombragé.
Tous les autres vont à peu près bien avec les hauts et les bas des très vieux.
Sarah n'ira pas bien loin, son mélanome (cancer) a beaucoup évolué et je crains qu'elle ne commence à souffrir.

Hardy fait contre mauvaise fortune bon coeur, il supporte bien ses tumeurs sarcoides qui s'étalent un peu plus chaque année mais il a la forme.
FLY va sur ses 36 ans, il n'a plus de dent mais se débrouille, bonne forme pour lui aussi.GRISOU, Jacquinot, Sultan, Ourasi, PUEBLO ont passé allègrement les 30 ans ainsi qu'EOLE. Survol un peu rapide mais le temps presse et l'imprimeur attend.
Quant à la reconnaissance d'utilité publique, ce ne sera pas pour demain: les conditions demandées sont loin d'être remplies, par exemple celle de l'autonomie financière! C'est un cercle vicieux! En tous les cas, merci à tous ceux qui ont bien voulu me renvoyer l'imprimé signé, ils sont tous consignés dans une chemise et seront ressortis lorsque ce sera nécessaire. Ils remplacent un vote qui aurait eu lieu à l'assemblée générale qui n'est guère fréquentée nos adhérents dispersés à des lieux à la ronde...
L'assemblée de 98 très en retard comme le bulletin est fixée au samedi 27 juin à l5h, chez nous,au refuge. Inutile de louer une salle, nous sommes toujours 3 pelés et 4 tondus, nous mettrons une table dehors au milieu des animaux, que voulez-vous de mieux ?
Quant à la fameuse cassette certains d'entre vous l'ont enfin reçue mais j'ai quelques problèmes pour la copie de la deuxième fournée, je suis en train d'y remédier. Donc pour les moins privilégiés ils seront satisfaits avant la fin de l'année. C'est une aventure à épisode, nous allons vivre le dernier bientôt, merci de votre patience.



REMERCIEMENTS

Il arrive le grand merci final, celui que je vous crie du fond du coeur à vous tous qui nous avez tant aidés: nos Mamy fidèles et si généreuses, nos jeunes qui économisent, ceux et celles qui m'envoient de longues et adorables lettres et à qui je ne réponds pas mais qui continuent malgré tout à nous aider, celles qui par des dons plus importants nous ont sortis de situations difficiles, Monsieur et Madame Larkin qui nous ont offert l'ordinateur sur lequel ce bulletin est tapé.
J'adresse aussi mes sincères remerciements à La Fondation 30 millions d'amis, La Fondation Brigitte Bardot et à La Fondation Bourdon pour l'aide apportée en "voyages de foin" dont le paiement est très souvent un problème: la livraison d'un camion de foin de Crau coûte 30000 francs et dure moins d'un mois. Voilà pourquoi je suis endettée auprès du négociant, Monsieur Gilles Baudot que je remercie au passage pour sa confiance. J'espère qu'avec les nouvelles adhésions je pourrai enfin me mettre à jour. Comme d'habitude, c'est sur vous que nous comptons.
Merci aussi à nos vétérinaires qui savent attendre et à Valérie qui oublie souvent d'envoyer les factures: c'est elle qui soignent nos chiens et chats car depuis que nous avons déménagé le trajet est trop long pour Pierre de Bie notre vétérinaire de Saint Jean de Valériscle, mais nous avons le plaisir de le revoir de temps en temps.


Nos petits nouveaux:

Mimi et Malicia sont chez nous pour la retraite, Roturier aussi: réformé des courses, Sam sauvé de la boucherie, NIAGARA aveugle, deux poneys: Julien et Gaudriole aveugle elle aussi, Yankee, petit cheval noir et blanc, encore jeune, affublé d'une tumeur au poitrail, qui risquait de mal finir, Amour magnifique cheval de race "selle français" avec un gros problème de tendons à 8 ans.
La meute s'est enrichie d'Alpha et Charly deux gros bâtards sympas, de Bandit énorme montagne de Pyrénées dont la vie était bien triste et qui revit parmi nous.

Quant à nos chers petits félins, nous comptons trois chattes de plus. Sugus demi persan vieille fille acariâtre, deux petites chasseuses Chipie et Clarence. Notre vieux Gros-Noir est mort de vieillesse en février 98: un gentil gros matou qui ne posait aucun problème et qu'on aimait beaucoup.
Je crois avoir à peu près fait le tour, j'ai sûrement oublié beaucoup de choses, j'espère être plus efficace pour le prochain bulletin.
Ne rangez pas ce bulletin au fond d'un tiroir mais pensez plutôt que nous devons acheter du bois pour d'autres box, qu'il nous faut refaire les chemins pour pouvoir soigner les animaux quand il pleut, qu'il faut payer les factures en retard: foin, grains, eau (15000 Fr), vétérinaires et que chaque jour nos protégés ne vivent pas d'amour et d'eau fraîche, que nos jeunes n'ont pas de salaire mais qu'ils mangent et s'habillent, que le marechal-ferrant vient régulièrement comme le dentiste équin, que les véhicules tels que les tracteurs, remorques, van, voiture tout terrain coûtent cher à l'achat et à l'entretien, que les clôtures sont à revoir presque chaque jour, que le téléphone et l'EDF ne sont pas gratuits et que le fonctionnement du centre est une énorme charge.