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Refuge, Protection animale |
| ---- BULLETIN 1998 ----
- Page 7 - Le mercredi 17 juin Nous perdons Sara. Sara était une jument grise très maigre atteinte d'une très grave mélanose qui empirait chaque mois, chaque année. Nous avions eu un peu d'espoir pour elle mais les cancers ont pris le dessus. Nous l'avons faite euthanasier. Sara, soudainement, ne tenait plus debout, elle tombait. Nous ne pouvions pas la laisser agoniser plus longtemps. Sara était une jument d'un caractère très difficile presque inapprochable. Elle avait, je crois, beaucoup souffert et l'on peut lui pardonner ses sautes d'humeur. En tout cas nous avons essayé de lui donner le meilleur de nous-mêmes, ce n'était pas facile. J'espère qu'elle a quand même été un peu heureuse avec nous. Ce même mercredi, nous avions eu une enquête sur Clapier près de Montpellier. Nous avons découvert une jument d'une maigreur épouvantable qui allaitait un poulain. J'ai porté plainte suite à cette enquête. Le ieudi 25 J'ai été mordu cruellement par un de mes petits renards bleus. Ce charmant petit animal n’a pas supporté que je lui soigne un oeil malade, s'est retourné et m'a ouvert un doigt jusqu'à l'os. Ça n'a pas été très grave mais cela m'a fait souffrir et gêné quelque temps: le travail avec une main invalide ce n'est pas très agréable.Petit renard: Merci. Le vendredi 10 juillet Je suis allée chercher deux petits chevaux demi lourds, presque des chevaux de trait. Ces chevaux ont été ramenés de la Valbonnette, montagne au-dessus de Digne, dans les Alpes-de-Haute-Provence. J'en profite pour parler de ces poulains lourds ou demi lourds qui sont élevés pour la boucherie. Vous savez ou vous ne savez pas qu'il existe, en France, des élevages sauvages de chevaux demi-lourds pour la viande uniquement. Ils ne sont pas élevés. Ces chevaux se suffisent à eux-mêmes. Les propriétaires ont des grands terrains, ils n'apportent aucune nourriture aux chevaux qui doivent se débrouiller. Nous connaissons deux de ces élevages: l'un dans les Pyrénées Orientales, l'autre dans les Alpes-de-Haute-Provence. Le fait que ces chevaux soient destinés à la boucherie est déjà dramatique en soi, mais le plus dramatique tient dans la façon dont ils sont amenés pour être tués. Je tiens à vous dire quelques mots de cette horreur. Ces chevaux ne sont en principe jamais approchés. Les poulains naissent et ne connaissent absolument pas l'homme. Ils vivent ou ne vivent pas: les conditions sont rudes. Il y a ce que ces éleveurs appellent la sélection naturelle: les plus faibles meurent et les plus solides arrivent à grandir. A l'âge de 6 mois ils sont récupérés pour partir à l'engraissement en Italie. C'est ce qui se passe pour l'élevage des Pyrénées-Orientales. Les chevaux sont chargés dans les camions, on fait des couloirs dans lesquels on les pousse avec les mères dont ils vont être séparés définitivement. Puis on fait le tri et on fait monter les chevaux dans les camions, d'une façon brutale, bestiale. Les êtres humains que sont ses éleveurs se déchaînent: tout le monde tape, frappe. Les chevaux sont complètement apeurés, terrorisés et tout ce petit monde monte dans un fracas absolument insupportable de coups de bâton et de hurlements. Tous sont entassés, sans séparations, et se piétinent, se mordent. Il se passe des choses, dans ces camions véritablement épouvantables. Le convoi démarre pour l'Italie où ils sont engraissés aux hormones. Je vous laisse apprécier l'horreur de cette façon de faire. A ce sujet je voudrais vous parler de notre amie Cathy, une femme formidable qui habite les Pyrénées Orientales, qui a voué sa vie à un de ses élevages de poulain. Elle s'est installée dans une petite baraque, qui lui permet de vivre au milieu d'un troupeau de chevaux dits sauvages. Lorsqu'elle est arrivée, ces chevaux étaient sauvages, maintenant, ils ne le sont plus. Elle s'occupe depuis plusieurs années d'apprivoiser, petit à petit, les mères et même l'étalon. Dès leurs naissances elle approche les poulains qui ont tout de suite une autre vision de l'homme. Depuis qu'elle a commencé cette action, elle a réussi à sauver tous les poulains. Plus un seul poulain ne part à la boucherie. Pour elle, c'est très dur, il faut qu'elle les place et il faut qu'à chaque fois elle puisse donner le chèque au propriétaire. Nous essayons de l'aider, nous mettons des annonces partout, mais à ce jour elle réussit à caser tous les poulains qui naissent. Cette cause, pour noble qu'elle soit, est une cause presque perdue puisque année après année ça recommence. Chaque année, il faut payer puis vendre ou placer une dizaine ou une quinzaine de poulains. Le même problème existe sur Digne, mis à part que les poulains ne sont pas envoyés en Italie. Ils vont directement à la boucherie à deux ans. L’embarquement est quasiment pire. A deux ans, les chevaux sont déjà costauds. Ils ne se débattent qu'avec plus de vigueur, imaginez leur stress, leur peur. Des chevaux demi -lourds de deux ans qui se débattent, croyez-moi, ça fait des blessures, ça fait des accidents, ça fait quelquefois des fractures. Il faut préciser qu'ils sont brutalement séparés de leur mère qu'ils n'ont jamais quittée. Ils sont séparés de leur troupeau, le seul environnement connu, embarqués avec beaucoup de violence dans ces camions de la mort. Retour à l'accueil |