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Refuge, Protection animale

Roi de Cœur


Le 22 janvier 2006, je reçois sur ma messagerie, un e-mail particulièrement alarmant assorti de photos qui ne le sont pas moins.
Un poulain d’environ 7 mois se traîne à côté de sa maman avec la jambe postérieure droite entièrement lacérée et présentant un oeudème si important, qu’elle avait triplé de volume !



La poulinière et son bébé, tous deux d’une grande maigreur, étaient dans la neige, sans abri, malgré le froid glacial de cet hiver sibérien.
La malnutrition et le manque de soins étaient évidents et la souffrance du pauvre bébé ne faisait aucun doute.
Je prends donc contact, toujours par e-mail, avec mon correspondant pour demander plus de précisions sur cette affaire qui m’avait émue dès la première minute et, j’apprends que le poulain s’était pris la jambe dans les fils barbelés qui constituaient sa clôture et en voulant se libérer, s’était grièvement blessé.
Pauvre petit amour laissé sans soins et sans nourriture par une température aussi basse ! ! !
A partir de cet instant je n’ai eu qu’une seule idée, tout faire pour arriver à le sortir de là.
Mais la chose n’était pas si simple et je me suis heurtée pendant des semaines à une administration laxiste, à un propriétaire éleveur complètement débordé par un nombre d’animaux trop important, des chevaux, environ une vingtaine plus ou moins livrés à eux- même, une centaine de vaches, un troupeau de daims dont la reproduction incontrôlée devient ingérable et bien sûr, dans ces cas là, on favorise le travail qui rapporte c’est à dire les vaches dont on peut vendre le lait.
Chaque jour, j’ai envoyé une multitude de fax, d’e-mail avec photos, de courriers officiels, sans compter les coup de fil interminables ! Il faut dire que la distance a été un sérieux handicap car l’histoire se passait dans le département du Rhône où je n’avais ni appui, ni connaissance, à des centaines de kilomètres de chez nous.
Mais j’avais déjà pris l’affaire trop à cœur pour laisser tomber et l’image du poulain blessé me hantait, j’étais décidément déterminée à le sauver coûte que coûte et par n’importe quel moyen !
Il me faut préciser que cette affaire est tombée juste au moment de la grippe aviaire et que les D.D.S.V (Direction Départementale des Services Vétérinaires) étaient complètement débordées par la menace de ce virus dont chacun d’entre nous se souviendra. Alors personne n’était disponible pour se déplacer et constater les faits sur place. Le poulain pouvait bien mourir dans d’atroces souffrances, ça ne pouvait émouvoir que des gens comme moi qui n’ont, malheureusement qu’un poids très limité sur les instances administratives.
Mais je crois que ma grande détermination, ma menace des médias et mon harcèlement quotidien ont eu raison du laxisme auquel, j’étais depuis plus de 15 jours confrontée !
A force, la D.D.S.V s’est enfin déplacée et a été obligée de se rendre à l’évidence. Le poulain serait en danger de mort si des soins urgents ne lui étaient prodigués dans les délais les plus brefs. Ces services ont pu aussi constater la maigreur du cheptel et le manque d’approche des animaux (troupeau semi-sauvage), la dangerosité des clôtures en barbelé complètement distendues, et pas mal d’autres choses qui n’étaient pas vraiment aux normes !
Un arrêté préfectoral a donc été pris, et, comme d’habitude, on a « obligé » l’éleveur à rentrer le poulain et à le soigner. Connaissant bien le problème, je n’ai surtout pas voulu me contenter de telles mesures, d’autant plus que mes informateurs n’avaient, de ce fait, plus du tout l’œil sur notre protégé. J’ai donc pris contact avec le vétérinaire qui était sensé le soigner, et malgré son amabilité, j’ai bien compris que nous ne pouvions pas attendre de miracle des soins pour le moins superficiels que pouvait pratiquer le propriétaire.
Mais il y a eu quelque chose de positif, suite au déplacement de la D.D.S.V : L’éleveur avait été agacé par cette visite et même une certaine crainte des représailles s’était emparée de lui ; il avait d’ailleurs raison d’avoir peur car ma détermination n’avait pas faibli et j’étais prête a déposer une plainte contre lui.
Connaissant les lenteurs administratives, j’ai préféré faire différemment et j’y suis allée au culot ! Sachant pertinemment que le poulain était une charge encombrante pour son propriétaire, je lui ai carrément proposé de le prendre au refuge, entièrement à mes frais (y compris le voyage) pour le soigner, présumant malheureusement de son handicap à vie. Il ne pouvait rien en faire, il était invendable et risquait de lui coûter cher et de lui apporter des ennuis supplémentaires !
Le « marché » fut aussitôt conclu et, 4 jours après, je partais chercher ce petit animal pour lequel je me démenais depuis plus de 5 semaines, c’était le premier mars 2006 et le voyage m’a paru long, très long……mais au bout, il y avait la victoire ! ! ! ! ! ! !
Lorsque je suis arrivée, avec un ami dévoué, le bébé n’était bien sûr pas rentré, très peu soigné, pas manipulé, d’une maigreur impressionnante et sa jambe était énorme et sentait le cadavre, il était couvert de poux et de teigne, son poil ne ressemblait à rien. Il était vraiment temps de venir à son secours mais il était déjà trop tard pour espérer une guérison totale. Le voyage de retour s’est bien passé, pas de coup de frein ni de vitesse excessive, mais la peur au ventre qu’il tombe ou qu’il se fasse mal, j’ai eu le temps de réfléchir au nom qu’il fallait lui trouver, car il n’en avait pas et comme l’année de sa naissance était celle de la lettre R, je me suis décidée pour ROI DE CŒUR . A l’arrivée, vers 23 heures, ça n’a pas été facile de le faire descendre du van, il était un peu effrayé et avait probablement souffert de ce long trajet. Il venait d’être séparé de sa maman, encore bien sauvageon et arrivait en terre étrangère chez des gens qu’il ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam.


Aujourd’hui le 23 avril 2006, date à laquelle j’écris cette triste histoire à l’heureux dénouement, Roi de Cœur a beaucoup changé. Il pousse comme un champignon (+ de 10 cm en moins de 2 mois), il a bien grossi et son poil commence à devenir joli. Pendant le premier mois je lui ai fait un pansement chaque jour et depuis 2 semaines c’est tous les 2 jours. Malgré des soins appropriés et minutieux l’évolution est lente mais réelle, la fibrose est toujours présente mais l’infection est enfin enrayée et l’odeur pestilentielle n’est plus qu’un souvenir. Il faudra encore au moins 3 mois de soins intensifs pour arriver à un résultat satisfaisant.
Pour lui, la vie est encore bien triste car il doit rester enfermé dans son box en permanence, les tendons sont cruellement meurtris et le fait de se déplacer aggraverait un handicap déjà sérieux. En compensation, il est affreusement gâté et tripoté. Il n’a peur de personne et devient vraiment costaud. La douche suivie du pansement ressemblent à de véritables prouesses sportives, plus fatiguantes pour moi que pour lui, il faut d’ailleurs être à 4 pour en venir à bout !
Notre vétérinaire nous à confirmé le fait qu’il serait probablement mort sans mon intervention.
Celui de la D.D.S.V du Rhône m’a félicité pour ma détermination et m’a assuré qu’il n’ena jamais connu de telle !

Nous souhaitons le meilleur à notre petit Roi, un bon rétablissement, le moins de séquelles possibles et une vie quasi normale au refuge.


Paula LOÏS