01 décembre 2005:
La chasse est ouverte
Le dimanche 6 novembre les pompiers m’appellent… Ils ont en
leur possession un petit chevreuil femelle grièvement blessé,
âgé d’environ 5 mois, et la seule solution envisageable
est de pouvoir le mettre au refuge. Il est bien évident que la
question ne se pose pas et que j’accepte sans hésitation
de la prendre en charge.
Mais la réalité est affligeante ; non seulement nous
découvrons de multiples plaies mais une blessure plus inquiétante
au niveau du postérieur gauche me fait immédiatement douter
de la survie de cet adorable petit animal. Les os sont à nu, les
petits tendons sont sectionnés et le sabot pend, d’une façon
qui me paraît irréversible.
Nous commençons les premiers soins, et, en écartant le poil
je découvre une multitude de plaies dont certaines assez profondes.
Elles seront nettoyées, désinfectées et une couverture
antibiotique lui sera administrée dès le premier jour par
voie intramusculaire. Quant au postérieur, le pronostic pour l’avenir
reste très réservé et la seule possibilité
est de lui faire un pansement stérile avec l’application
locale d’antiseptique et de cicatrisant.
Mais la chance n’est pas avec nous, la seule vétérinaire
qui veut bien s’occuper des animaux sauvages est en congé
et je devrais attendre vendredi pour espérer avoir sa visite.
Notre petite puce est adorable, elle veut bien se prêter à
tous les soins malgré un regard qui en dit long sur sa souffrance.
Elle est terriblement fatiguée, elle tremblote, mais accepte notre
présence, alors qu’elle vient d’être poursuivie
par nos congénères, ceux qu’on appelle les chasseurs !
Car nous avons eu le fin mot de l’histoire… Si cette petite
chevrette est allée se jeter dans les fils barbelés avec
autant de violence, c’est qu’elle était poursuivie
par une meute de chasseurs tirant dans tous les sens accompagnés
de leurs chiens hurlants. Nous supposons qu’ils poursuivaient la
mère et qu’ils l’on même sûrement tuée,
mais l’histoire ne le dit pas.
C’est la visite des personnes qui ont appelé les pompiers,
après avoir découvert le pauvre animal, qui nous a appris
le déroulement des faits, que j'avais déjà bien malheureusement
imaginés connaissant l’acharnement de certains de nos chasseurs
du dimanche !
Je tiens à lui donner un nom indien qui pour moi a une consonance
de paix, elle se nommera TANKA, pour le temps qui lui reste à vivre.
En attendant nous gardons un brin d’espoir, aussi mince fût-il,
et nous la nourrissons au lait de chèvre que nous fournissent deux
éleveuses qui aiment les animaux.
Le 13.11.05 Après plus de 6 jours de souffrances, Tanka s’est
endormie pour toujours, quelques heures avant la visite de la vétérinaire
qui n’a pu que constater. Malgré tous les soins et l’attention
que nous lui avons apportés, notre protégée n’aurait
pu survivre, car, en la manipulant, nous avions remarqué un trou,
derrière la cuisse droite, particulièrement inquiétant
et qui me faisait penser à un impact de balle. Notre véto
nous l’a confirmé et, à ma peine, s’est ajouté
la haine et la révolte !
Tanka n’était que douceur, affection et beauté. Son
adorable minois restera gravé dans notre esprit, honte à
ceux dont la violence a engendré la souffrance et la mort d’un
petit être sans défense.
Paula LOÏS
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