• 7mvargas

Battante jusqu'au dernier souffle !

Mis à jour : janv. 18

Un dimanche des plus tristes car Smokey nous a quittés. C’était la battante, celle qui tenait le coup depuis 5 ans avec une jambe fracturée, celle qui marchait, trottait et même galopait parfois sur ses 3 autres jambes, celle qui avait un caractère bien trempé, celle qui nous étonnait chaque jour par sa joie de vivre, sa gourmandise et sa façon de nous interpeler en nous tirant la manche !

Avant-hier, elle a glissé et s’est fracturé le jarret de sa mauvaise jambe, nous avons voulu tenté mais il n’y avait plus rien à faire et le parcours de Smokey s’est arrêté ce jour. Elle nous laisse tous effondrés, notre peine est immense, elle prenait tant de place, forçant à chaque instant notre admiration devant tant de ténacité et sa rage de vivre. Va, ma belle Smok, ta souffrance ce matin nous a guidés dans l’ultime décision, nous n’avions plus de choix alors va galoper là-haut où les humains cruels n’existent pas, où personne ne te fera plus jamais souffrir !

Son histoire d’avant est sordide, au refuge elle avait carrément repris goût à la vie mais nous, nous savions bien que ce serait limité dans le temps. Nous l’avons tenue à bout de bras pendant 5 ans et déjà ça tient du miracle !

Voilà son histoire Fin août 2014, nous récupérions 4 juments dans un état effroyable dans une structure de ballades à cheval à la limite du Gard et de la Lozère. Leur propriétaire possédait une vingtaine de chevaux sur un terrain minuscule ; les plus jeunes et dominants pouvaient accéder à la nourriture mais ce n'était pas le cas des chevaux âgés qui se faisaient malmener sans cesse et mourraient de faim à petit feu. On ne s'habitue jamais à voir des chevaux dans un tel état. Certes, ces 4 juments sont assez âgées (entre 20 et 35 ans) mais rien ne justifient qu'elles soient maigres à ce point ! D'autant plus qu'après quelques semaines à peine au refuge, toutes ont repris du poids et au bout de 3/4 mois, elles étaient grasses et bien rondes ! Nous avons pu accueillir au refuge les plus maigres mais certains que nous jugions aussi "critiques" n'ont pas fait l'objet de la saisie ; qui plus est, un étalon vivait au sein du troupeau donc chaque année, des poulains naissaient mais peu survivaient. Il est évident que l'idéal aurait été de saisir l'intégralité du troupeau, que la ballade soit fermée et que cette dame reçoive l'interdiction de posséder des animaux ; malheureusement la justice française n'est pas toujours en phase avec nous.

Mais ce que nous craignons arrive le 30 septembre 2015, nous devons repartir dans les montagnes, chez cette même personne, pour récupérer une jument. Cette dernière est tout aussi squelettique que les autres mais surtout, elle présente une fracture du tibia (sans doute dû à un coup de pied d'un autre cheval) qui n'a jamais été "soignée".

Smokey a 13 ans, c'est une superbe jument palomino, plein papier Quarter Horse. Comme quoi, la maltraitance touche tous types de chevaux ; les jeunes comme les plus vieux, les pure races comme les ONC (Origine Non Constatée) ... C'est plutôt désespérant... En réalité, une fracture de ce genre chez les chevaux ne se soigne pas, dans la quasi totalité des cas, la seule solution c'est l'euthanasie. Mais la propriétaire n'a rien fait et durant de très longs mois, la pauvre Smokey passe un véritable calvaire. Elle vit parmi une quinzaine de chevaux dont certains sont costauds et n'hésitent pas à la bousculer. Elle ne peut atteindre le tas de foin, tombe très souvent mais se relève avec courage... La fracture finit néanmoins par se consolider de façon anarchique lui permettant au moins de se déplacer en boitant très fort. Nous sommes réellement choqués de découvrir l'état de Smokey et d'imaginer l'enfer qu'elle a enduré avec une jambe cassée durant tout l'été. Mais il faut reconnaitre qu'elle possède une réelle rage de vivre, c'est une force de la nature et à ce jour, plus question de la faire euthanasier ! Elle rejoint donc le refuge où nous l'installons dans un box sur une épaisse couche de litière confortable. Elle se couche, savoure son nouveau confort et surtout dévore ses rations de bon foin ! Il n'y a plus rien à faire pour sa jambe mais nous la mettons quand même sous traitement d'anti­-inflammatoires afin de soulager ses douleurs. La journée, elle est sortie dans un paddock pour se dégourdir les jambes ; Smokey est réellement épatante, très bien réadaptée à sa pathologie, elle s'offre même de belles galopades sur 3 jambes ! Il faut dire aussi qu'elle n'a que 13 ans, elle est pleine d'énergie et de fougue et une chose est sûre, elle veut vivre ! Nous savions que Smokey vivait dans le troupeau avec l'étalon, donc par acquis de conscience, dès son arrivée, nous lui faisons une prise de sang pour détecter une éventuelle gestation. Le résultat ne se fait pas attendre, Smokey est pleine ! Mais ce n'est en rien une bonne nouvelle, la surcharge pondérale d'une gestation serait catastrophique pour elle. De plus, le déplacement de ses os dans la jambe et la façon de marcher de Smokey a provoqué, au fil des mois, un déplacement du bassin et il n'est pas certain du tout qu'un poulain pourrait s'y frayer un passage pour naitre ! Laisser cette jument mener à terme cette gestation est un risque énorme pour elle comme pour le bébé, ainsi nous décidons de la faire avorter. C'est absolument sans douleur, rassurez-­vous ! Nous apprenons entre temps qu’ elle avait été saillie plusieurs fois mais qu’elle avait, pour finir donné naissance à des mort-nés. Que ne ferait-on pas pour avoir des poulains de couleur ? En quelques mois, Smokey est transformée. Elle a bien grossi mais nous tachons de la garder assez "mince" pour ne pas surcharger ses membres. Nous espérions la garder aussi longtemps que possible avec nous, cette jument extra, très reconnaissante, très câline et très intéressante.



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